Y a-t-il un pilote dans l'avion?

Alain Narinx

Les exécutifs wallon et fédéral bloqués.

Le gouvernement fédéral s’est crashé avant Noël et se trouve en affaires courantes. Mis en minorité cette semaine par la défection d’une seule députée libérale, le gouvernement wallon suit désormais la même trajectoire.

Ces turbulences avant l’atterrissage électoral sont une mauvaise affaire pour le MR, commandant de bord de ces coalitions incapables de mener leurs projets jusqu’au bout. Mais elles révèlent surtout que les hommes et les femmes politiques de ce pays sont tétanisés par le verdict des urnes.

C’est déjà la crainte d’une future (possible) déroute électorale qui avait poussé Benoît Lutgen, alors président du cdH, à tenter, dès juin 2017, un retournement d’alliance de haute voltige: il évinçait un PS éclaboussé par les affaires (Publifin, Samusocial) au profit du MR. Au passage, la manœuvre, qui avait échoué dès le départ à Bruxelles et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, montre aujourd’hui toutes ses limites en Wallonie. Gouverner avec une seule voix de majorité vous laisse à la merci de n’importe quel accident de parcours.

Après un scrutin communal sans étincelles, c’est la volonté de redresser son gouvernail électoral qui poussa la N-VA à faire éclater la coalition suédoise. Le pacte des migrations de l’ONU n’était qu’un prétexte (qui s’en souvient encore du reste?). Ce sont toujours des intérêts électoraux de bas étage qui ont conduit cette semaine Patricia Potigny – suppléante au Parlement wallon après avoir recueilli moins de 1.000 voix au scrutin régional de 2014 – à rejoindre Alain Destexhe et à torpiller l’exécutif wallon.

Quand des gouvernements s’évaporent ainsi, on pourrait espérer que les Parlements – légitimes représentants du peuple – reprennent les commandes. Après tout, c’est là le moteur de notre démocratie. Or, que constate-t-on? Au Fédéral, certaines législations sont certes passées tout de même depuis Noël. Mais les partis sont incapables de s’entendre sur une loi climat qu’ils jugeaient pourtant, la main sur le cœur, urgente et fondamentale. En Wallonie, c’est pire: pour éviter tout débat gênant, la séance plénière de mercredi dernier a été purement et simplement annulée et les travaux parlementaires postposés à quinzaine. Inouï.

Les citoyens et les entreprises de ce pays attendent autre chose que ces stratégies de court terme qui ne font, in fine, que renforcer la défiance envers le monde politique. Ils veulent une gestion efficace et des projets concrets, portés par une vraie vision, jusqu’au dernier jour d’une législature. La réforme des aides à l’emploi, une loi climat, l’assurance-autonomie pour les aînés, les tarifs du photovoltaïque: ces quelques dossiers – la liste n’est pas exhaustive – sont essentiels et ne peuvent pas rester en rade.

L’approche d’une élection ne devrait pas être synonyme d’immobilisme.

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