"Cette grève nationale constitue avant tout un échec"

Benoît Mathieu

L'édito de Benoît Mathieu.

Qu’on la loue ou la conspue, il est bon de le souligner: la grève nationale de ce mercredi constitue avant tout un échec. Marquant le cul-de-sac dans lequel s’est engouffrée (temporairement?) la concertation sociale. Quitte à enfoncer des portes ouvertes, attaquons-nous également à celle-ci: cette paralysie du pays s’accompagnera d’une facture économique; on prendra toutefois soin de se méfier des chiffrages aussi approximatifs qu’expéditifs.

Cela étant, il est permis d’en tirer quelques enseignements.

Le premier, c’est qu’en se mobilisant sur la question du pouvoir d’achat, les syndicats investissent un terrain de jeu qui est, légitimement, le leur. Ce que l’on veut dire, c’est qu’on les a déjà entendus pester et menacer sur des thématiques autrement moins actuelles et défendables.

Le second, c’est qu’en filigrane de celle du pouvoir d’achat, se dessine la question de la compétitivité de l’économie belge. Preuve supplémentaire – mais en fallait-il encore? – qu’il est grand temps que notre pays revoie sa fiscalité de fond en comble, et en priorité celle pesant sur le travail. Quitte à ce qu’il soit nécessaire, ce faisant, de réviser, en tout ou en partie, le modèle de financement de la sécurité sociale, afin que le soin apporté à l’attractivité économique ne se mue pas instantanément en assèchement du financement de la solidarité.

Voilà patrons et syndicats dos à dos. Comme s’ils avaient oublié qu’ils partagent le même intérêt fondamental.

Un dernier point, pour la route. S’il est sans doute logique, au cœur d’un conflit, de jouer un brin la carte de la dramatisation, on ne peut que se désoler en constatant le gouffre qui semble s’être creusé entre les aspirations des employeurs et celles des représentants des travailleurs. Voilà patrons et syndicats dos à dos, ce qui n’est pas très pratique pour avancer de façon coordonnée. Comme s’ils avaient oublié qu’ils partagent le même intérêt fondamental, fait de création de valeur ajoutée, d’une certaine prospérité, de pérennité de l’emploi et de juste rémunération des efforts fournis. S’il s’agit encore d’une porte ouverte, espérons que les partenaires sociaux s’y engagent.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content