A Bruxelles, on croise les doigts

Dans le landerneau européen, les hauts responsables politiques s’abstiennent en général de se critiquer l’un l’autre ouvertement. Les saillies entre capitales ne sont certes pas inexistantes. Mais elles restent le plus souvent "off" ou apocryphes. La campagne qui s’achève en Italie a fait exception. Le devoir de non-ingérence dans les débats électoraux d’un autre pays n’a guère été respecté. Pour une raison assez simple: pour la plupart des chancelleries, une victoire de Silvio Berlusconi s’assimilerait au scénario du pire.

L’UE craint ouvertement son retour, car elle estime, à juste titre, que le Cavaliere est celui qui a mis le feu à la maison Italie. Un incendie qui a failli se propager à tout le quartier européen. On pouvait rire sous cape de ses frasques conjugales et de ses numéros de bouffon dans les réunions internationales. Mais jouer avec la crédibilité de la zone euro sur les marchés au risque de la faire imploser, c’est une autre histoire. Ce qui explique son éviction en novembre 2011, après un lâchage complet de ses partenaires européens. L’Union européenne peut vivre avec des dirigeants eurosceptiques, populistes et même avec ceux qui menacent de la quitter. Mais depuis l’affaire grecque, la zone euro ne peut plus tolérer des dirigeants incapables d’assurer la pérennité des finances publiques.

Or, tout indique que le Berlusconi de 2013 est encore pire que celui de 2011. Plus que jamais, il promet de raser gratis, tout en multipliant, au-delà du raisonnable, les critiques à l’encontre de l’euro, de l’Allemagne et des politiques de rigueur.

Mais Berlusconi n’est pas la seule menace. Un score olympique du comique Beppe Grillo, un revers de dernière minute de la gauche ou un écroulement complet de Monti pourraient faire renouer la Péninsule avec un de ses vieux démons: l’instabilité politique chronique due à l’absence de majorité stable. Ce qui ne ferait pas non plus l’affaire de l’Europe. Personne n’a envie, à Bruxelles ou à Francfort, de tester la capacité de la Banque centrale européenne ou du Mécanisme européen de stabilité à sauver un État membre de la taille de l’Italie, qui reste sous la menace d’une embardée en raison de son énorme dette publique.

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