À pandémie mondiale, gestion globale

Rédacteur en chef adjoint

Les États-Unis ouvrent la porte à la levée des protections des brevets pour les vaccins contre le Covid. Une annonce qui devrait surtout pousser entreprises pharmaceutiques, gouvernements et organisations internationales à unir leurs forces pour aider les pays en retard de vaccination.

Il y a un an, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres le réclamait déjà: le futur vaccin se doit d’être un "bien public mondial". Un an et 3,2 millions de morts plus tard, il n’en est toujours rien. Une porte, enfin, vient de s’ouvrir: l’administration Biden, se retranchant jusqu’ici derrière une stricte production nationale, soutient désormais la levée des protections de propriété intellectuelle sur les vaccins.

Et pour cause: la gestion mondiale de la pandémie continue à déraper.

Le système de "licences obligatoires" que permet l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) pour autoriser la production de vaccins dans des pays tiers ne suffit plus. Pas plus que l’initiative Covax de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à laquelle participe l’Union européenne pour atteindre les pays qui n’en ont pas les moyens. Pire, l’Inde, véritable "pharmacie du monde" (tant le pays exporte médicaments et vaccins), ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa propre population. Tout cela suggère que la logique purement commerciale, corsetée par les règles de l’OMC, ne tient plus. Et qu’une autre logique doit prévaloir.

"La logique purement commerciale des vaccins, corsetée par les règles de l’OMC, ne tient plus."

Ne sombrons pas dans l’angélisme. L'ouverture des brevets ne résout pas tout. La création et la production d’un vaccin restent un défi colossal. Les ingrédients (une centaine estime le monde de la pharma) sont difficiles à trouver, la qualité des vaccins doit être absolue et les centres de productions ne se construisent pas en trois coups de truelle. Ces préoccupations, brandies par le secteur pharmaceutique, sont légitimes et doivent trouver une réponse.

Un tel effort arrivera trop tard, pointent également les pharmas. Doit-on rappeler que le premier appel à cette ouverture, de l’Inde justement et de l’Afrique du Sud, deux pays très en retard de vaccination, cet appel donc date d’octobre de l’année passée (au beau milieu… de la présidentielle américaine). Sept précieux mois de perdus.

Se retrancher derrière la difficulté de mettre en œuvre une nouvelle approche ne peut pas être un argument. Et l’Union européenne, toujours réticente, devrait s'ouvrir à la proposition américaine. Le dérapage indien et l’agressivité du mutant qu’il a produit montrent combien l’intérêt commun dépasse largement l’intérêt particulier des firmes pharmaceutiques. Il est plus que temps que les pays producteurs et les organismes internationaux, OMC en tête, travaillent main dans la main pour attaquer ce problème à l’échelle mondiale. Ne pas le faire serait une faillite humanitaire, mais aussi une faillite économique.

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