Alexis Tsipras joue avec le feu

Journaliste

La Grèce met la pression sur ses créanciers.

Depuis qu’il est aux commandes de la Grèce, Alexis Tsipras est parvenu à faire de son pays le centre d’intérêt de l’Europe, que ce soit dans la presse ou les alcôves plus secrètes de la diplomatie. Quelle est sa recette? Il multiplie les signaux psychologiques. Son objectif? Peser sur les négociations en cours avec ses créanciers (UE, BCE et FMI) pour obtenir une aide financière, sans perdre la face auprès de son électorat.

En visite hier à Moscou, le Premier ministre grec a joué avec les icônes du passé. Celles du révolutionnaire qui, une fois le pouvoir obtenu, se rue au Kremlin pour lui prêter allégeance et obtenir son soutien contre le "grand capital". Tel Fidel Castro en appela un jour au Soviet suprême pour se défendre contre l’Oncle Sam. Le minuscule îlot, soutenu par la Russie, réussit à défier la plus grande puissance du monde.

Moscou reste, dans l’imaginaire d’une partie de la gauche radicale, un contrepoids à une Europe de l’austérité.

En se tournant vers Vladimir Poutine, Alexis Tsipras met la pression sur ses créanciers et, surtout, l’Allemagne d’Angela Merkel. Agiter l’idée du schisme, du "Grexit", du chaos. L’idée n’est pas illogique. Moscou reste, dans l’imaginaire d’une partie de la gauche radicale, un contrepoids à une Europe de l’austérité gouvernée par des forces conservatrices.

Le gouvernement grec manipule encore les esprits lorsqu’il qualifie la Russie d’"ancien allié de la Seconde Guerre mondiale" ou réclame encore plus de dédommagements de guerre à l’Allemagne.

Mais ce genre de comparaison n’a qu’un temps. Et M. Tsipras ferait bien d’y songer. Moscou n’est plus la capitale de l’Union soviétique. La Russie est dirigée par un régime autoritaire ancré dans le capitalisme, menant des guerres obscures pour déstabiliser les pays voisins et dépendant des marchés du pétrole et du gaz. Qu’espère le dirigeant grec en se rapprochant de ce régime?

À l’ère soviétique, Lénine appelait certains communistes européens des "idiots utiles". Alexis Tsipras devrait méditer cette notion. Sa visite au Kremlin lui a permis de remporter temporairement des points en communication. Mais à force, il risque de devenir lui-même le jouet de l’ours russe.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés