"America is back." Vraiment?

Rédacteur en chef adjoint

Le président américain foule, tout sourire, le sol européen qu'il honore de sa première visite en tant que président. La page Trump n'est pas tournée pour autant.

Un président américain foulant le sol européen pour son premier voyage à l’étranger depuis son investiture, ça se fête, non ? Surtout après quatre années de tension où l’on croyait avoir perdu pour de bon le grand frère américain. Trump, c’était la visite à l’Arabie Saoudite en "prime time". C’était l’Europe "instrument de l’Allemagne". C’était Bruxelles "trou à rats". Un autre style, une autre époque.

Vraiment ? Le Vieux continent doit rester vigilant : son destin ne figure pas davantage sur la to-do list de Joe Biden.

D’abord parce qu’en termes économiques, l’intérêt des États-Unis colle au mantra de la précédente administration : "America first". Les milliers de milliards de dollars annoncés pour relancer la machine américaine sont une forme de subsidiarisation de l’économie qui fait presque penser à un capitalisme d’État "à la chinoise", duquel les entreprises européennes risquent bien d’être exclues.

Si lune de miel il y a entre l'Europe et les États-Unis, elle se célèbre sur des oreillers plombés.

En termes géopolitiques, la ligne de mire des États-Unis n’est d’ailleurs pas l’amitié transatlantique, mais les menaces russe et surtout chinoise. Et l’Europe n’y est qu’une variable d’ajustement. Une mise à l’écart plusieurs fois mise en avant par les premières décisions de l’actuelle administration américaine, et durement ressentie à Bruxelles : plan de sortie d’Afghanistan, annonce matamoresque d’une levée des brevets sur les vaccins covid, c’est Biden qui donne le rythme. L’Europe, non consultée, reste au balcon. Même la taxe sur les grandes multinationales, lancée ici aussi sans crier gare par les États-Unis, vient torpiller les efforts de plusieurs années de travail en Europe sur une juste imposition des géants américains de la tech.

Les disputes entre les deux rives de l’Atlantique restent tout aussi patentes : conflit commercial sur l’acier et l’aluminium, taxe carbone aux frontières avancée par les Européens, gazoduc Nord Stream 2 reliant l’Allemagne et la Russie, … Si lune de miel il y a, elle se célèbre sur des oreillers plombés.

L’Europe ne peut plus se permettre de rêver d’un retour à l’occidentalisme, d’une mondialisation à l’ancienne sur laquelle elle base encore trop souvent sa politique. Les États-Unis ont choisi leur cheval de bataille, et s’en donnent les moyens. À l’Europe de faire de même, de défendre ses intérêts, de construire un projet commun qui s’affranchit une fois pour toutes de sa dépendance au grand frère américain, et, pourquoi pas, pour paraphraser notre ancien partenaire, de lancer un nouveau slogan : MEGA, "Make Europe Great Again".

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