Après l'AIP, le défi des pénuries de main-d'œuvre

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Patrons et syndicats ont conclu un large accord interprofessionnel (AIP). Une aubaine pour le gouvernement De Croo et un atout pour la relance de l’économie. Mais les difficultés des entreprises à recruter du personnel qualifié obscurcissent le tableau.

Alexander De Croo et les membres de son gouvernement respirent. L'accord social conclu par patrons et syndicats représente pour eux un énorme soulagement. D'un point de vue politique, il évite à l'exécutif de devoir lui-même trancher des dossiers si difficiles qu'ils risquaient de secouer fortement la coalition. Au niveau social et économique, il augure d'une paix sociale pour les mois à venir, ce qui place la relance sous de bons auspices, d'autant que les prévisions de croissance de l'économie belge s'annoncent encore meilleures que prévu.

Sur le fond, cet accord social est un compromis équilibré. C'est une étape positive. Pour autant, il ne peut masquer ses imperfections. Un: comme c'est souvent le cas, les partenaires sociaux renvoient la facture aux pouvoirs publics, et donc à la collectivité. Deux: leurs divisions restent béantes. Rappelons qu'il n'y a pas eu d'accord entre eux sur l'évolution des salaires. Trois: le compromis assouplit quelque peu les fins de carrière, donnant un signal un brin contradictoire par rapport à la nécessité de travailler plus longtemps. Quatre: l'accord reste limité et n'aborde pas les réformes structurelles, sur le marché du travail, sur les fins de carrière ou encore à propos de la loi sur la compétitivité. Ce n'était certes pas l'objet des négociations, mais ces défis demeurent.

Deux tiers des entreprises ont d'ores et déjà du mal à trouver du personnel.

L'ambition de la Vivaldi est d'atteindre un taux d'emploi de 80% à l'horizon 2030. Or, pour y arriver, et pour que la relance prenne véritablement son envol dans les prochains mois et les prochaines années, il va falloir s'attaquer à ces réformes structurelles et aussi à un problème majeur: les pénuries de main-d'œuvre. C'est le prochain grand défi. Le phénomène n'est pas neuf, mais il s'aggrave. Avec la reprise, les offres d'emploi repartent à la hausse. Deux tiers des entreprises ont d'ores et déjà du mal à trouver du personnel. Dans certains secteurs, la tension est perceptible.

Pour y faire face, il n’y a pas 36 solutions. Il faut investir massivement dans la formation. Les différents plans de relance le prévoient, mais il faut sans doute aller encore plus loin. Orienter les jeunes vers les métiers d'avenir et ceux en pénurie, ou encore flexibiliser davantage le marché de l'emploi, en le libérant d'un carcan administratif très lourd, sont également des voies à suivre.

Enfin, dans ce contexte, les entreprises ont aussi leur rôle à jouer. Pour pouvoir attirer les bons candidats, elles doivent, plus que jamais, être plus proactives dans leur gestion des ressources humaines (salaire, formation, équilibre vie privée/vie professionnelle…). Gagner la guerre des talents est à ce prix.

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