Au premier qui pompera nos données numériques

L'Union européenne se lance dans la bataille des données.

Les données sont le nouveau pétrole du XXIe siècle? Rien n’est plus faux. Seuls les pays qui avaient de l’or noir sous leurs pieds pouvaient en profiter; aujourd’hui, les données sont partout, aucun pays ne peut se retrancher derrière ses frontières, il faut se battre.

Et ce ne sont pas quelques derricks et pipelines qui feront l’affaire, mais une infrastructure complexe et stable à même de les exploiter: l’intelligence artificielle, la connexion, le cryptage… Les premiers qui en détiennent les clés seront les nouveaux maîtres du monde.

La Commission européenne l’a bien compris. Elle a présenté ce mercredi un livre blanc numérique, un plan de bataille qui vise à combler le retard béant qui sépare l’Union de ses concurrents américains et chinois. Le monde de l’entreprise aussi a pris la mesure des enjeux. Le patron d’Ericsson ne nous disait pas autre chose ce jeudi dans l’interview qu’il nous a accordée, et nous a prévenus : "À ce rythme, la Belgique sera l’un des derniers pays à avoir un réseau 5G."

Trouver la bonne balance entre les enjeux économiques et sociétaux sera primordial.

Il ne faut pas se le cacher, les enjeux sociétaux sont énormes. Le timonier européen ne veut pas transformer le Vieux Continent en un Big Brother à la sauce chinoise. Le déploiement de la 5G fait peur également, particulièrement à Bruxelles, et le numéro un d’Ericsson ne peut pas évacuer l’inquiétude en invoquant erronément l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). En 2011, le Centre international de recherche sur le cancer, émanation de l’OMS, a placé les radiofréquences dans la catégorie "potentiellement cancérogène pour l’homme". Quant à la protection des données, le fameux RGPD ne suffit pas. Des incidents montrent combien nos smartphones sont peu fiables face à ceux qui veulent usurper l’identité de quelqu’un à partir de la reconnaissance faciale ou d’une empreinte digitale.

Trouver la bonne balance entre les enjeux économiques et sociétaux sera donc primordial. Mais il faudra faire vite. La bagarre entre les Américains et les Chinois sur la question de Huawei le montre : le défi numérique est un acte politique aussi bien qu’entrepreneurial. Pour cela, Européens comme Bruxellois doivent écarter leurs vieux démons et parler d’une seule voix. C’est la condition pour pouvoir développer et reprendre le contrôle de nos données, tant personnelles que celles de nos entreprises, avant que Chinois et Américains ne viennent planter chez nous leurs derricks et leurs pipelines, et commencent à pomper nos richesses.

Lire également

Messages sponsorisés