Austérité, crises politiques et scandales, un cocktail explosif pour l'Europe du Sud

Au vu de quelques indicateurs de ces derniers jours — notamment les chiffres du chômage, les baromètres de confiance ou la croissance dans le secteur manufacturier — la zone euro voit tout doucement le bout du tunnel.

Mais la reprise est encore timide et fragile. Comme l’a indiqué ce jeudi le patron de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi dans son jargon habituel, il y a des "risques baissiers", en particulier dans les pays du sud de l’Europe, les plus touchés par la crise.

La faiblesse de la demande, surtout dans ces pays toujours soumis à de sévères coupes budgétaires, attise ces craintes. Comme on le lira en page 10, le Fonds monétaire international (FMI) vient de mettre en garde contre un "trou de financement" de la Grèce, après juillet 2014, de 11 milliards d’euros. Autrement dit, de nouvelles négociations entre Athènes et ses bailleurs de fonds s’annoncent difficiles en septembre.

Mais un autre facteur ajoute à la préoccupation: le risque politique. Le Portugal vient tout juste de sortir, au prix d’un remaniement ministériel, d’une crise gouvernementale de trois semaines provoquée par un petit parti de la coalition. En Espagne, le Premier ministre Mariano Rajoy est empêtré dans une affaire de corruption qui l’affaiblit. En Italie, la condamnation définitive, jeudi soir, de Silvio Berlusconi pour fraude fiscale fragilise encore un peu plus le gouvernement d’Enrico Letta. La Grèce n’échappe pas aux tensions: souvenez-vous de la crise politique (un petit parti a claqué la porte) provoquée par la fermeture brutale de la télévision publique ERT, il y a quelques semaines. Tous ces gouvernements ne tiennent qu’à un fil, sauf peut-être en Espagne (où Rajoy dispose d’une majorité plus confortable). Cela augmente l’instabilité pour l’ensemble de la zone euro.

À cela s’ajoute une autre source de déstabilisation de ces pays: le comportement de leurs élus. Les scandales impliquant Rajoy ou Berlusconi deux personnalités emblématiques quoiqu’aux destins différents vont encore accentuer la fracture entre les citoyens ordinaires et leurs "élites" et favoriser des partis aux relents nauséabonds à l’image des néonazis d’"Aube Dorée" en Grèce. Des sociétés exsangues après des mesures d’austérité drastiques, un chômage dévastateur, des extrémistes populaires, une fragilité politique teintée de dérives affairistes des dirigeants: c’est un cocktail explosif pour toute l’Europe du Sud. Et une menace lancinante pour la zone euro.

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