Battez-vous pour notre santé, pas pour votre électorat

Rédacteur en chef adjoint

La gestion d'une crise sanitaire demande un sens de l'intérêt général. La séquence socialiste de cette semaine est le dernier avatar d'un comportement électoraliste qui n'annonce rien de bon pour la suite.

Nous revoici donc à craindre le pire; à suivre des courbes incontrôlables, médusés; à entendre les soignants, épuisés; à lire les prévisions sanitaires, affolantes. Et nous revoici à entendre au loin des annonces que l'on aurait voulu reléguer dans une case bien scellée de notre mémoire: confinement partiel aux Pays-Bas, restrictions pour les non-vaccinés en Allemagne, lockdown généralisé en Autriche, assorti d'une vaccination obligatoire dès février. Chez nous, le Comité de concertation a choisi une autre option, celle d'un paquet de mesures "où tous ensemble, nous allons faire un effort". C'est la fameuse technique du fromage suisse où chaque tranche (entendez: chaque pan de la société) présente des trous suffisamment aléatoires pour empêcher le virus de pénétrer en ligne droite.

Le pire, au-delà d'une crise sanitaire qui ne semble plus finir, ce serait que le monde politique cannibalise les efforts de la population dans un calcul cynique de petits points gagnés.

Tous logés à la même enseigne, vraiment? Il faut croire que certains continuent à politiser la gestion sanitaire. En témoigne cette semaine la volte-face socialiste sur la vaccination obligatoire du personnel soignant sur laquelle le Fédéral s'était mis d'accord lundi. Paul Magnette liant ex abrupto l'obligation vaccinale des prestataires de soins à celle de l'ensemble de la population. Ce faisant, le président du PS n'a pas hésité à moucher son propre vice-Premier, Pierre-Yves Dermagne, qui venait d'apposer sa signature sur l'accord fédéral. À l'origine de cette girouette: une fronde syndicale dans les rangs hospitaliers qui s'oppose vertement à ladite obligation. Le calcul est probablement court-termiste: les poches non vaccinées sont particulièrement concentrées dans les communes les plus précarisées, autre pré carré socialiste.

Paul Magnette n'a pas l'apanage de l'instrumentalisation. Qu'on se souvienne il y a quelques semaines de l'opposition de Georges-Louis Bouchez à l'imposition du Covid Safe Ticket, le président du MR se drapant dans la défense d'une démocratie libérale. Ou encore de cette levée des masques en Flandre, menée tambour battant par la N-VA au nom du "bon Flamand vacciné". Masques et pass sanitaire, ces outils plus que jamais indispensables pour lutter contre la quatrième vague.

La gestion d'une crise sanitaire est une affaire qui réclame la protection de l'intérêt général. Jeter au contraire les enjeux dans l'arène politicienne ne peut que créer des incompréhensions de la population, des comportements erratiques qui finissent par gêner, voire inhiber la bonne gestion sanitaire.

Nous revoici donc à craindre le pire de cette quatrième vague. Mais le pire, au-delà d'une crise qui ne semble plus finir, ce serait que le monde politique cannibalise les efforts de la population dans un calcul cynique de petits points gagnés. Un meilleur sens de la collectivité serait à la fois salutaire et sanitaire.

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