Belfius, seras-tu capable de rester toi-même?

Paul Gérard

Belfius est aux portes de la Bourse. Il ne manque plus que quelques détails, l'accord du Fédéral, et un dernier avertissement: la banque ne compte pas perdre son identité dans les méandres d'Euronext, prévient Marc Raisière. Cette profession de foi survivra-t-elle à la réalité boursière?

Il n’y a plus grand-chose qui empêche la mise en Bourse partielle de Belfius. La direction va mettre la dernière main à son dossier ‘IPO’(pour ‘initial public offering’) d’ici la fin du mois et le déposera début septembre sur la table du gouvernement fédéral.

C’est lui, propriétaire de la banque, qui poussera sur le bouton IPO. Ou pas: tout dépendra de l’état des marchés financiers. Ils sont la dernière véritable inconnue. Personne aujourd’hui ne peut dire quelle sera leur humeur dans trois ou six mois. Tout juste peut-on constater qu’ils sont devenus nerveux, ballottés par une géopolitique devenue difficile à cerner, selon que les grands de ce monde se toisent, s’invectivent ou s’embrassent.

Il faudra être très costaud pour résister à la pression du court terme et rester soi-même.

Pour la Bourse de Bruxelles, la cotation de Belfius, si elle se concrétise, s’imposera comme un véritable événement. Une recrue de cette ampleur, Euronext Brussels n’en avait plus accueilli depuis… 2004 et l’arrivée de celle qu’on appelait encore Belgacom. On devine une certaine impatience.

Belfius se sent prête pour la Bourse. Sa direction a préparé son discours, comme on peut le lire dans l’interview du CEO Marc Raisière. On y lit une vision bien précise. Belfius, cette rescapée de la crise bancaire, rachetée en 2011 par l’État alors qu’elle était en situation de faillite, s’est reconstruite depuis lors et a retrouvé son rang dans l’économie belge. Pour continuer à se développer, elle veut maintenant aller chercher sur les marchés une agilité financière que son propriétaire actuel ne peut pas lui donner.

Ce qui est clair aussi, du moins dans l’esprit des dirigeants de la banque, c’est que la Bourse ne doit pas, ne peut pas changer la nature de Belfius. Nous présentons un profil de risque bas, clame le management, parce que nous sommes concentrés sur une économie mature (comprenez à croissance basse) et nous n’allons pas changer cela. Nous n’allons pas sacrifier notre ADN sur l’autel de la rentabilité à court terme. Les investisseurs intéressés viendront vers nous, nous ne courrons pas derrière eux.

La banque est persuadée qu’elle pourra faire valoir sa différence, qui très pragmatiquement se matérialise par une rentabilité inférieure à 10%. Elle est convaincue qu’en l’expliquant dès le départ, les marchés la suivront.

Seulement voilà, les marchés ne se caractérisent ni par leur sens de la nuance, ni par une grande mémoire. C’est tout l’inverse. Pressés et amnésiques, ils embarqueront tôt ou tard Belfius dans des comparaisons dont celle-ci ne voudra pas. Et la pression montera, et la vision à long terme sera mise à rude épreuve.

Il faudra alors être très costaud pour résister et rester soi-même. Rendez-vous dans cinq ans pour vérifier si Belfius aura su cultiver sa différence en milieu boursier. On a des doutes mais, on espère se tromper.

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