Belgium's got talent

©RV DOC

Je m’en souviens comme si c’était hier. Jeune journaliste, j’assistais à la première conférence de presse de Pierre-Olivier Beckers en tant que CEO de Delhaize.

On le trouvait à l’époque un peu jeune pour la fonction. Hésitant.

15 ans plus tard, c’est une tout autre vision de l’homme qu’ont les marchés. "Il n’y a aucune raison de célébrer le départ de Pierre-Olivier Beckers", pointe d’ailleurs une analyste. C’est qu’en près de 15 ans, le dirigeant a fondamentalement modifié le profil du groupe. Les différentes enseignes nationales se sont fondues dans un groupe intégré, l’effectif a quasiment doublé, les synergies sont devenues non l’exception, mais la norme.

C’est également sous sa houlette que Delhaize a pris encore davantage l’accent américain, avec une cotation à Wall Street, le rachat d’Hannaford et un conseil d’administration où l’anglais est devenu la langue véhiculaire.

Mais, voilà, le navire a maintenant besoin d’un nouveau capitaine. C’est en tout cas la version officielle. Car officieusement, les conjectures vont bon train. D’autant que la communication erratique du groupe depuis deux semaines alimente le moulin à rumeurs. Depuis quand un poids lourd du Bel 20 publie-t-il un trading update surprise, une semaine avant la date prévue? Depuis quand un CEO annonce-t-il son départ sans que son successeur n’ait été désigné?

Cela fait désordre et incite certains à penser que Delhaize est à l’aube d’une nouvelle mutation. Mutation que Pierre-Olivier Beckers ne voulait/pouvait plus assumer. Enfin des fiançailles avec Ahold? Ou plutôt une réorganisation majeure autour de deux grands pôles: Europe-USA? Avec un nouvel organigramme. Et un nouveau capitaine. Qui ne serait plus issu de la famille fondatrice, ni même belge. Peut-être même made in USA. Il fallait juste que les familles actionnaires acceptent de céder le "driving seat", comme l’ont fait celles d’InBev et de Solvay avant elles. Ce qui semble avoir été le cas…

Une décision judicieuse car c’est outre-Atlantique que se joue l’avenir de Delhaize. Le groupe belge réussira-t-il à relever ce nouveau challenge? Il le faut.

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