François Bailly

Alliance belge contre les Gafa dans le big data

Big data is big business. Ce constat, personne ne nous a attendus pour le faire. En 2019, notre vie est digne de Black Mirror. Vous utilisez Waze pour éviter les bouchons? Vous utilisez WhatsApp pour communiquer avec vos proches? Vous postez une photo de votre lunch sur Instagram? Facebook et Google – oui, oui c’est encore eux qui se cachent sous ces applications de façade – savent tout de vous. Et utilisent toutes vos données pour vous abreuver de pubs ciblées à propos du marchand de café se trouvant à 50 mètres du parking de votre employeur, où vous vous garez tous les matins entre 8h12 et 8h17. Ou pour vous suggérer subtilement l’hôtel le plus assorti à votre goût, référence à la destination de vacances que vous venez d’évoquer sur le fil de discussion "privé".

S’allier contre les Gafa? L’idée est belle. Mais qu’en pense le consommateur qui cède ses données?

En 2019, le marché de la pub se joue sur le numérique, où Facebook et Google siphonnent 80% des recettes. En 2019, plus un espace publicitaire est pertinent (lire: colle aux envies de l’internaute ou du téléspectateur), plus il se vend cher. C’est de la logique commerciale pure. Voir Proximus et Telenet s’allier avec les diffuseurs belges pour créer une base de données commune et lutter localement contre les Gafa, c’est voir un écosystème vivre avec son temps. Combien de fois avons-nous reproché à nos entreprises de vivre hors du présent? De ne pas parvenir à s’adapter?

On a donc envie d’applaudir… sauf qu’on s’interroge aussi: depuis quand les données et la publicité sont-elles devenues un business prioritaire pour Proximus et Telenet ? À quelle fin? Facebook, Google, leurs services sont gratuits. Rien ne nous oblige, finalement, à être membre. Et si le revers de la gratuité c’est de céder nos données, le contrat a le mérite d’être clair. Chacun l’accepte, ou non.

Accéder à l’internet haut débit, à la télévision et à la téléphonie via un pack, c’est différent. Il s’agit de services fondamentaux pour la plupart des Belges. Et c’est aussi, en partie, pour cela que Proximus reste une entreprise semi-publique.

Le Belge a-t-il envie de voir ses habitudes de surfeur et de zappeur être décortiquées, utilisées, partagées même "éthiquement" à une échelle belge mais industrielle quand il paie déjà cher et vilain son accès triple play et que les prix viennent encore d’augmenter? On pose simplement la question. Là.

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