Brexit: le pari risqué de l'Europe

Peut-on vraiment négocier avec un gouvernement britannique qui se nourrit de la mise en scène de sa confrontation avec l'Europe?

Pour l'instant, c'est ainsi: le gouvernement britannique est un partenaire aussi fiable pour l'Europe qu'un voisin lui tirant la langue, assis sur le contrat qu'il vient de signer. Stoïque (oserait-on dire: flegmatique), l'Europe joue la carte de la sagesse et temporise. La mise en œuvre du protocole nord-irlandais pose un problème? La Commission prend note, phosphore et revoit sa copie. Elle a fait, jeudi, une offre qui aurait été inimaginable il y a quelques mois encore: lever 80% des contrôles et 50% des formalités douanières sur un large éventail de produits envoyés depuis la Grande-Bretagne vers la province irlandaise de Sa Majesté – intégrée au marché unique européen en vertu dudit protocole.

Si l'offre passe la rampe des pourparlers qui s'ouvrent ce vendredi, et si elle est appliquée avec l'ensemble des garde-fous qu'elle prévoit, tout le monde pourra s'en réjouir avec les Nord-Irlandais, qui en seront les bénéficiaires. Le commerce entre les deux rives de la mer d'Irlande n'en sera que plus fluide – c'est d'ailleurs à se demander comment on n'avait pas pensé plus tôt à verser toute cette huile dans les rouages du protocole.

Never ending story

C'est là qu'il faut revenir à ce premier constat: le "partenaire" britannique n'est pas fiable. Le gouvernement Johnson l'avait déjà montré, l'an dernier, avec l'Internal Market Bill, lorsqu'il menaçait de ne pas respecter l'accord de divorce qu'il avait signé et ratifié. Depuis, Londres continue de développer une rhétorique corrosive à l'égard de l'Union. Le gouvernement Johnson demande de réécrire un protocole qu'il a lui-même négocié, signé et ratifié il y a quelques mois à peine. Il réclame que l'Europe renie jusqu'à l'autorité de sa plus haute juridiction sur son propre marché intérieur. Surtout, il n'honore pas sa signature, ni sur la mise en place de postes de contrôles douaniers dans ses ports, ni sur l'octroi de licences de pêches aux marins européens.

Tant que l'Europe ne posera pas de limite à Londres, elle encouragera le gouvernement Johnson à en demander toujours plus.

Si, demain, l'Europe signe ce nouvel accord avec Londres sur un régime d'exception pour la circulation des marchandises vers l’île d'Irlande, sur foi de quoi devrait-on croire que, cette fois, les garde-fous seront bien mis en place?

Depuis qu'il existe, le gouvernement Johnson a fait de la confrontation avec l'Union européenne son oxygène. La Commission, de son côté, continue de se comporter comme si elle avait en face un partenaire fiable. La bonne volonté de l'Union est une vertu, mais tant qu'elle ne posera pas de limite à Londres, elle encouragera le gouvernement Johnson à en demander toujours plus et se condamnera à alimenter l'histoire sans fin du Brexit.

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