Bruxelles menacée de désertification

Rédacteur en chef adjoint

La rationalisation des espaces de bureau menace de transformer certains quartiers de Bruxelles en zones fantômes. La capitale doit travailler sur son attractivité.

C’est lorsque la mer se retire qu’on voit ceux qui nagent sans maillot. Cette célèbre maxime du milliardaire Warren Buffett pourrait s’appliquer à Bruxelles, qui risque bien de se retrouver dénudée au moment où la crise sanitaire commencera à perdre du terrain. Avec, pour continuer la paraphrase, en lieu et place de corps en tenue d’Ève, des mètres carrés de bureaux vides et des quartiers délaissés. Le télétravail est passé par là. Et l’information, relayée dans nos pages, selon laquelle la Commission européenne envisage de diminuer de moitié le nombre de bâtiments qu’elle occupe à Bruxelles n’est que la partie émergée d’une problématique de fond qui menace des pans entiers de la capitale.

C’est un fait qu’on ne peut plus ignorer: les départements de ressources humaines activent avec un zèle inédit d’ambitieux projets de réduction d’espace. Si elle n’y prend pas garde, si elle ne réfléchit pas dès aujourd’hui à un plan de réallocation urbanistique, la Région risque d’avoir sur les bras des quartiers zombies, avec ce que cela implique pour le tissu social et économique local.

Qu’on y regarde de plus près, sous la ligne de flottaison: à Auderghem, la Commission européenne commence à se retirer tout doucement; le quartier Nord, où Proximus se tâte, connaît déjà une vacance de bureaux importante; le triangle formé par l’ancienne Cité administrative, la cathédrale et le quartier des Libertés voit un ancien bastion bancaire procéder, dans le sillage de la crise financière, puis de la crise sanitaire, à un grand nettoyage par le vide.

"La problématique des quartiers monofonctionnels n’est pas neuve. Mais que faire lorsque plusieurs feux s’allument en même temps?"

La problématique des quartiers monofonctionnels n’est pas neuve. Elle a déjà été prise à bras-le-corps par la Région, qui a multiplié les projets mixtes ces dernières années. Le coup de tonnerre provoqué il y a deux ans par le déménagement du siège social de Delhaize a montré que la Région peut réagir avec célérité et intelligence. Mais que faire lorsque plusieurs feux s’allument en même temps?

D’autant que les prix de l’immobilier ne retiendront pas les jeunes et une certaine classe moyenne et que, confinement oblige, les citadins ont pris goût aux espaces verts et ne voient pas trop pourquoi ils devraient rester en ville alors que leur employeur leur permet de rester chez eux, face à leur jardin. La Région de Bruxelles-Capitale se doit de réagir au plus vite en préparant sa contre-attaque. Elle doit humaniser et verdir ses espaces, faciliter la location de logement, voire l’accès à la propriété. Bref, elle ne peut pas se permettre d’attendre que la mer se retire pour penser à rhabiller ses quartiers.

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