C'est joli, les pirouettes, mais il faudra atterrir

Benoît Mathieu

Il faut savoir reconnaître: le monde politique belge s’est montré d’une créativité échevelée, ces derniers jours.

Que retenir de cette crise s’agrippant au pacte pour des migrations "sûres, ordonnées et régulières" mitonné par les Nations unies et mettant la politique belge sens dessus dessous?

Qu’au fond, personne ne sait réellement à l’heure actuelle ce qu’il va en sortir. Seule certitude: si même les plus aguerris des vice-Premiers y perdent un peu leur latin, il ne faut pas s’attendre à ce que le citoyen s’y retrouve. Ni s’étonner si cette saga abstruse ne lui redonne pas subitement le goût de la politique, à quelques mois d’un scrutin crucial.

Il faut savoir reconnaître: le monde politique belge s’est montré d’une créativité échevelée, ces derniers jours.

Que la N-VA, déçue de ses performances aux communales et pétrifiée par la fuite implacable d’une partie de l’électorat qu’elle avait réussi à chiper au Vlaams Belang, a décidé d’ébrécher son image de parti gestionnaire et garant d’un renouveau socio-économique pour se remettre à courir à plat ventre derrière l’extrême droite. En témoignent les visuels indignes dévoilés "par erreur" cette semaine. Voilà ce que cela préfigure: une campagne électorale un peu sale, axée sur les thèmes de l’immigration et de l’identité. Le Vlaams Belang ne s’en cache pas: il s’en frotte déjà les mains. Et s’est publiquement félicité à la Chambre de voir ses marottes reprises par le plus grand parti du gouvernement. "Mission accomplished", a conclu Filip Dewinter.

Ceci encore. Il faut savoir reconnaître: le monde politique belge s’est montré d’une créativité échevelée, ces derniers jours. Après la trahison et le retournement de veste de la N-VA, Charles Michel se trouvait coincé entre sa parole donnée à la tribune de l’ONU et le refus net du poids lourd de sa coalition. Qu’importe: il allait demander au Parlement de se prononcer, contournant son exécutif et dessinant les contours d’une majorité alternative inédite.


Inventivité toujours: non contente de demander à la Belgique de soutenir ce fameux pacte, la Chambre s’est dit, jeudi, qu’il serait bon que le gouvernement fédéral l’avalise   et voila le législatif renvoyant la balle à son expéditeur, l’exécutif.

Avec quel résultat, au final? Il est question, pour l’heure, que le Premier se rende à Marrakech exprimer qu’il détient le soutien du Parlement belge, mais pas du gouvernement. Une expédition marocaine qu’il mènerait même "à titre personnel".

Rafraîchissant, certes, mais boiteux. Parce qu’après Marrakech, se profile New York, où la Belgique devra se fendre d’un vote clair, soutenu par son gouvernement. Et les portes pour sortir de la crise ne sont pas nombreuses. Soit un des protagonistes sonne la retraite, et la Belgique peut limpidement rejoindre le camp du "oui" ou du "non", selon que la N-VA ait capitulé ou pas. Improbable, toutefois. Soit le gouvernement tombe. Soit la Belgique s’abstient à New York, dans une sorte de reculade généralisée et pas vraiment flamboyante.

Il en va ici comme d’une série: le scénario aura beau pétarader au démarrage, alliant mystère et rebondissements, si cela tourne en eau de boudin, c’est tout ce qu’il en restera dans la tête du spectateur.

Vous avez déjà vu "Lost"?

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content