Carrefour mise sur le digital pour se relancer

Ne préjugeons pas. L’habit ne fait pas le moine, dit le dicton. Pourtant, il y a des images qui marquent. Et voir Alexandre Bompard débarquer mardi en costume-cravate pour étayer la révolution 2.0 de Carrefour, nous, ça nous a marqués. C’est comme si la nomination d’un nouveau patron et de nouvelles belles intentions n’avaient (toujours) pas suffi à gommer les vieux réflexes (et les clichés) d’une entreprise engluée dans une stratégie dépassée.

Par manque d’anticipation et de vision, c’est l’emploi qui trinque.

Franchement, on se demande où était le management de Carrefour ces dernières années pour décider aujourd’hui que le futur de la distribution (et donc de son business) reposait 1. sur l’e-commerce; 2. sur des magasins plus petits et plus urbains; 3. sur une alimentation de qualité, fiable, à un prix raisonnable en surfant sur la vague du bio. On est dur, mais "welcome in 2018" a-t-on envie de dire. Cela fait 14 ans qu’Amazon existe. Et Amazon, que Carrefour comme Delhaize et d’autres pointent désormais comme leur plus gros concurrent, n’a pas attendu hier pour remettre en question le modèle de l’hypermarché.

En parlant d’Amazon, tiens ça tombe bien, le géant du web a (de nouveau) fait les gros titres mardi suite à l’ouverture de son premier magasin "intelligent" dans les rues de Seattle. Plus de caisses, tout se règle désormais via une application sur smartphone… et l’intelligence artificielle qui déduit vos achats en fonction de vos déplacements dans les rayons. Cela peut vous paraître lunaire, vous qui maîtrisez à peine le self-scan. Mais c’est cela l’avenir… si Amazon l’a décidé. C’est cela disrupter.

Oui, grâce à ses moyens, grâce à la puissance de sa marque, grâce à ses partenaires, Carrefour peut réussir sa modernisation. Non, il n’est peut-être pas trop tard. Nous jugerons son plan 2022 dans 5 ans (5 ans, c’est long pour une révolte digitale!). Ce qui est dommageable, c’est que, par manque de vision et d’anticipation, l’emploi trinque.

En 2010, le groupe lançait déjà la grande lessive, fermant 12 magasins et licenciant 1.100 personnes en Belgique. Rebelote aujourd’hui avec 2.400 suppressions de postes annoncées en France, et des salariés belges qui tremblent dans l’attente d’un nouveau conseil d’entreprise extraordinaire prévu ce jeudi. Tant de temps perdu, tant d’occasions manquées…

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