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Capitalisme durable

L'effort de guerre du management de Solvay.

"Je suis favorable à un capitalisme durable basé sur des entreprises avec une vision à long terme. La bourse devrait être le reflet de leur valeur, pas de la spéculation." Ces mots claquent d’autant plus qu’ils sont de Jean Stephenne. Suite au triste aurevoir de Philippe Bodson, l’ex-patron de GSK Vaccines est peut-être le plus grand capitaine d’industrie que compte la Belgique francophone. Il est, en tous les cas, l’un d’eux.

24 heures après cet appel à "tirer les leçons de la crise" orchestré dans la presse belge, Jean Stéphenne a dû apprécier l’annonce faite par Solvay, ce jeudi, de mettre en place un fonds de solidarité destiné à aider les Solvaysiens qui seraient confrontés à des difficultés liées au Covid-19.

Concrètement, ses cadres dirigeants alimenteront ce fonds à hauteur de 15% de leur salaire du reste de l’année. Un effort est aussi demandé (sans être imposé) aux actionnaires.

Pas besoin d’être un initié pour déceler la griffe Ilham Kadri. Mêler grand capitalisme et charité, c’est l’école anglo-saxonne où la CEO a fait ses gammes. Et depuis son 1er jour, Kadri s’est positionnée comme une N°1 de réputation pour Solvay. Au point, parfois, de terminer à faire des selfies avec des petits porteurs dans les foires boursières.

Cette crise, c’est un révélateur. Des valeurs et des priorités. Elle accouchera de perdants et de gagnants.

Trop d’images tuent l’image? Que celui qui ose le penser aujourd’hui s’imagine à quoi ressemblerait sa propre fiche de paie rabotée de 15%. Cela fait cher le personal branding.

Et on se remémore, ici, la polémique des dividendes de BNP Paribas. Et on se dit aussi que sur le marché de l’emploi, Solvay et BNP, c’est le même combat. Deux multinationales, deux industries qui cherchent à se réinventer, qui sont en quête de sens pour garder ou attirer les gens qui construiront pour elles le business de demain.

D’un côté, on est solidaire. De l’autre, chez BNP donc, on prévoyait de remonter l’argent vers l’actionnaire plutôt que de le laisser en soutien de l’effort de guerre. C’était le plan. Pour qui voudriez-vous bosser dans ce monde qui a changé?

Cette crise, c’est un révélateur. Des valeurs et des priorités. Elle accouchera de perdants et de gagnants. Sur tous les plans.

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