Caricatures iraniennes

Le vrai acquis de l’élection de Rohani est qu’elle rouvre la porte des négociations entre l’Iran et les grandes puissances.

L’Iran est souvent caricaturé, en Occident, comme un pays fermé, obscurantiste, dictatorial et dirigé par des "fous de Dieu". La réalité est plus nuancée, comme l’ont montré les élections présidentielles tenues vendredi dernier.

À cette occasion, on a vu la vitalité de la société civile iranienne, loin d’être figée et soumise: en élisant Hassan Rohani à la présidence, soit le candidat le plus "modéré", puis en le fêtant dans les rues des principales villes du pays, la population a donné une vraie claque aux "durs" du régime et rejeté leur extrémisme. De même, la participation aux élections a été importante (alors qu’on disait le scrutin joué d’avance pour les conservateurs) et les débats préélectoraux ont donné lieu à de vrais échanges, par exemple sur l’importante question nucléaire. On ne parlera pas de "démocratie" pour autant: tout ceci se déroule dans un cadre politiquement étriqué puisque le "guide suprême" conserve la haute main sur le pouvoir et l’Iran présente un bilan extrêmement négatif en termes de droits humains. Mais tout ce processus électoral invite à refuser tout simplisme.


Il en va de même à l’heure d’analyser les résultats de cette présidentielle. Gare aux caricatures précipitées. Certes, Hassan Rohani est effectivement un "modéré". Habile diplomate, respecté même en Occident, il incarne un visage réformateur. Pour autant, on se gardera bien d’y voir une grande ouverture de Téhéran ou le prélude à de grands changements. Rohani, c’est d’abord un autre style, un autre ton, une plus grande souplesse après les diatribes nauséabondes de son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad.


On l’a dit, la marge de manœuvre du nouveau président est faible. Il ne faut pas attendre de bouleversement sur la scène internationale, que ce soit sur le dossier nucléaire ou sur la Syrie. Rohani l’a montré hier en excluant tout arrêt de l’enrichissement de l’uranium. Le vrai acquis de son élection est qu’elle rouvre la porte des négociations entre l’Iran et les grandes puissances. A l’Occident désormais de s’y engouffrer.

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