"Catch me", si tu le peux…

Journaliste

L’après Caterpillar, un problème de profils.

Catch, le plan de redressement économique pour "Charleroi après Caterpillar" présenté vendredi, ressemble à un furieux exercice de "wishfull thinking". On y répète les recettes entendues ailleurs pour relancer l’activité dans la vieille Europe ("il faut digitaliser"…), tout en y injectant une mini-dose de caractéristiques wallonnes ou locales (la biopharma, l’aéroport de Charleroi). En résumé, innovation technologique, logistique, pôle santé et hub créatif vont permettre au bassin carolo de faire émerger, dans les huit ans, des milliers de nouveaux emplois. Tout cela grâce au généreux sponsoring des responsables politiques locaux et au "cadeau" du site fait par Caterpillar… Comme s’il suffisait de le dire pour que ce soit fait.

Il est possible de relancer la dynamique carolo en promouvant des activités qui ne seront plus en concurrence avec des usines en Chine.

En même temps, et ce n’est pas le moindre paradoxe, les stratèges mobilisés par le ministre-président wallon Paul Magnette pour rédiger ce scénario ont quelque peu raison. Si Caterpillar a décidé, après une foule d’autres industriels, de fermer son usine carolo, c’est en premier lieu parce qu’elle n’était plus compétitive en termes de coûts – le reste n’est que littérature. Or nombre d’experts s’accordent sur ce point: l’industrie du futur sera beaucoup plus automatisée encore qu’aujourd’hui, elle fera la part belle aux robots. Dans ce contexte en devenir, des pays à coûts de main-d’œuvre élevés comme le nôtre peuvent, ou pourront, se relancer en misant à fond sur les technologies, la robotisation et la numérisation.

Donc si l’on oublie le côté "tarte à la crème" du discours platement optimiste tenu vendredi (10.000 emplois d’ici 2025) pour n’en conserver que le fond, oui, effectivement, il y a moyen de faire des choses à Charleroi et environs. Si les forces vives de la région s’émeuvent de la situation et souscrivent à l’ébauche stratégique du plan "Catch", il est possible de réactiver la dynamique carolo en la plaçant sur de meilleurs rails, où les activités futures ne seront plus mises en concurrence avec ce qui se fabrique dans des usines en Chine ou au Brésil.

Seulement voilà, il reste un délicat problème à régler: les qualifications de la population concernée. La numérisation de l’économie et l’"industrie 4.0", que tout le monde identifie comme la panacée dans un horizon de dix à vingt ans, nécessitent des formations, des diplômes et des compétences de pointe dans les technologies de l’information, l’électronique, la robotique ou l’ingénierie, alors que la plupart des travailleurs qui seront laissés sur le carreau lors du départ de Caterpillar, à Gosselies comme chez les fournisseurs et sous-traitants de la multinationale américaine, présentent des profils liés à la "vieille industrie" et, le plus souvent, peu qualifiés. Il suffit de faire le déplacement à Gosselies et dans les environs et d’y visiter quelques sites industriels attachés à l’usine d’assemblage d’engins de génie civil pour s’en convaincre: l’écart entre les travailleurs d’aujourd’hui et ceux qu’on verrait bien se développer dans le sillage du plan Catch est énorme. Autrement dit, il semble qu’on s’adresse surtout ici aux jeunes et aux générations futures… auquel cas, 2025 paraît un objectif très (trop) ambitieux.

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