Cessons d’être binaires sur les fins de carrière

Rédacteur en chef

La rémunération à l’ancienneté, la fiscalité, notre approche binaire du travail (tout ou rien) nous poussent à raisonner de façon bêtement arithmétique et nous rendent incapables de moduler avec souplesse une vie de travail.

On a vu les fins de carrière ressurgir dans l’actualité cette semaine, lorsque syndicats et employeurs ont négocié, puis ficelé leur grand accord social. Dans ce donnant-donnant, le "banc syndical" (comme on dit) a notamment obtenu que les crédits-temps à mi-temps avec allocation soient possibles à partir de 55 ans sous certaines conditions, contre 57 actuellement. Pour le "banc patronal" (comme on dit), voilà le genre de concession qui ne fait pas trop mal: c’est une occasion toute trouvée de réduire les coûts, qui plus est aux frais de la collectivité. C’est toujours plus simple de trouver un deal à deux quand c’est un tiers qui paie.

Les 55+ ne sont tout de même pas que des coûts.

Les fins de carrière, on en parle souvent comme d’une variable d’ajustement. C’est le cas pour les finances publiques: le taux d’emploi des 55+ reste trop faible dans notre pays et cela plombe le trésor public. C’est le cas aussi pour nombre d’entreprises, qui ont tendance à les ranger dans une colonne spéciale, celle des collaborateurs chers dont on se demande si on ne pourrait pas s’en passer. Quand la macroéconomie nous dit qu’il faut plus d’âgés actifs, à l’inverse la microéconomie incite à les éloigner du travail. Entre les statistiques des uns et les calculs des autres, les 55+ sont piégés, écartelés.

Et la vraie vie dans tout ça? OK, les chiffres ont leur importance, ne les minimisons pas. Oui, la soutenabilité des finances publiques est une question importante, car de long terme. Oui, toute entreprise se doit de garder ses coûts sous contrôle, faute de quoi elle hypothèque son avenir. Mais les 55+ ne sont tout de même pas que des coûts. À un moment, il faut aussi pouvoir sortir la tête des chiffres et considérer le travail des aînés de façon plus large. Ce qu’ils ont perdu en jeunesse, ils l’ont gagné en expérience.

Nous ne parvenons pas, ou pas assez, à organiser le transfert de cette précieuse expérience entre générations actives. La rémunération à l’ancienneté, la fiscalité, notre approche binaire du travail (tout ou rien) nous poussent à raisonner de façon bêtement arithmétique et nous rendent incapables de moduler avec souplesse une vie de travail.

N’est-il pas temps de dépasser nos calculs d’apothicaire sur les fins de carrière pour nous lancer dans une refonte profonde de nos habitudes fiscales, salariales et d’organisation? Un pays vieillissant comme le nôtre aurait tout à y gagner.

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