Cette inflation que l’on croyait ne plus jamais voir

Chroniqueur

Avec le fort rebond du cours des matières premières, les prix dans l’industrie sont en train de se tendre. L'inflation qui s'était endormie est-elle en train de se réveiller? Les propos de Janet Yellen sur une éventuelle surchauffe de l'économie américaine suscitent le malaise.

Cela fait des années que les banques centrales cherchent désespérément à ranimer une inflation profondément endormie. Jusqu’à présent, par les montagnes de liquidités déversées sur les marchés, elles ont surtout réussi à aviver une inflation du prix des actifs: de l’immobilier aux actions, en passant par les cryptomonnaies. Mais aujourd’hui, la donne pourrait changer. Avec le fort rebond du cours des matières premières, les prix dans l’industrie sont en train de se tendre. Et les plans de relance, surtout aux États-Unis, entretiennent la demande des consommateurs, avec à la clé des hausses de prix.

Doit-on craindre un dérapage de l'inflation? Pour répondre à cette question, nous n’avons pas réellement de précédent historique d’une crise aux contours similaires.

Puisqu’une inflation un peu plus élevée est le but désormais poursuivi par les banquiers centraux, on aurait tort d’emblée de crier à la catastrophe. De toute manière, une accélération de l’inflation en 2021 est écrite dans les astres, ne fût-ce qu’en raison des effets de comparaison avec le creux des prix enregistrés en 2020. Cette année, les prix pourraient donc enfin toucher voire dépasser la fameuse barre des 2%. Mais la question est d’ores et déjà ailleurs : doit-on craindre un dérapage de l’inflation compte tenu des divers plans de relance d'une ampleur inédite?

Pour répondre à cette question, il n'existe pas réellement de précédent historique d’une crise aux contours similaires. Et, dès lors, certains s’en remettent à leur intuition. C’est le cas de Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, qui pense que la hausse des prix ne sera qu'un phénomène transitoire. À plus long terme, il reste persuadé que les dynamiques de faible inflation qui ont dominé depuis un quart de siècle restent intactes: la mondialisation, les développements technologiques ou le vieillissement de la population devraient donc continuer à pousser les prix vers le bas. Il s'agit d'un pari, car pour certains économistes, le pic de la mondialisation est déjà peut-être derrière nous. Aux États-Unis, Joe Biden a mis l'accent sur le "Buy American" et n'est pas vraiment plus libre-échangiste que Donald Trump. Le même Biden est aussi poussé par son aile gauche à revendiquer des hausses salariales. Et qui dit hausse des salaires, dit potentielle hausse des prix.

Mardi, Janet Yellen, la secrétaire au Trésor, a indiqué que les taux US devront sans doute être un peu relevés pour éviter une surchauffe de l'économie. Elle a ensuite corrigé ses propos, mais sans totalement dissiper le sentiment que ce risque de surchauffe est bel et bien devenu le principal danger. Jusqu'ici le marché obligataire américain, véritable baromètre des anticipations d'inflation, ne s'affole pas encore. Mais tout peut changer très vite...

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