Chypre perd à la roulette russe

©RV DOC

L'accord a enfin été trouvé, mais dans l'aventure, Chypre a perdu une banque et son âme financière. Son avenir est des plus incertains.

Entre Chypre et l’Europe, le barillet a tourné plusieurs fois la semaine dernière. Hier, aux petites heures de la nuit, on a entendu un "bang!". Et on a vu tomber une banque chypriote, Laiki, la deuxième plus importante de l’île.

C’est finalement Chypre qui a mis le genou à terre. Elle qui voulait absolument sauver son statut de paradis financier, construit sur l’argent des oligarques russes et sur des taux aussi alléchants qu’insoutenables. Elle qui a tourné la tête à ses partenaires européennes et pris en otage ses propres citoyens, réclamant une taxe sur leurs dépôts bancaires. L’accord trouvé hier met fin à ce jeu risqué.

En mettant en faillite la banque Laiki, les autorités chypriotes ont retrouvé la raison, aussi douloureuse soit-elle. Une façon d’accepter que, désormais, la taille hypertrophiée de leur secteur bancaire (8 fois le PIB du pays) doive être rabotée, sans faire appel au contribuable. C’est le sacrifice chèrement payé pour ne pas sortir de la zone euro.

L’accord met également fin à une semaine d’errements dans les cénacles européens. Une semaine qui avait montré, comme s’il le fallait encore, combien une communication aléatoire pouvait provoquer un désastre.

Mais, comme dans un duel, si le corps à terre n’est pas mort, rien n’est dit sur son avenir.

La balle a en effet frappé les forces vives de Chypre. Le secteur financier était son flux sanguin. Exsangue et discréditée, l’île va connaître un choc économique dont elle aura du mal à se remettre. Un scénario à la grecque est tout tracé. D’autant qu’en échange de son sacrifice, elle accepte un prêt de 10 milliards d’euros de l’Europe qui propulsera sa dette à 140% de son PIB. Un montant jugé insoutenable par beaucoup d’observateurs.

En face, les dégâts sont tout aussi palpables. Il se dit que Commission européenne et Fonds monétaire international se sont déchirés sur le dossier chypriote. En laissant les autorités chypriotes proposer une taxe sur les dépôts, l’Europe a également ouvert la boîte de Pandore.

Ce sale jeu de roulette russe est terminé. Mais apparemment, il y avait deux balles dans le barillet.

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