Comment s’adapter à la douloureuse mort de la mondialisation

Rédacteur en chef adjoint

La pandémie a accéléré la fin de la mondialisation. Un choc brutal qui nous pousse à nous adapter au plus vite car les conséquences sont déjà visibles: renchérissement des prix de l’énergie, inflation et pénuries déboulent dans notre quotidien.

Les feux semblent prendre de partout. Les prix du gaz et de l’électricité s’envolent à des niveaux jamais atteints; des entreprises comme Nyrstar et ArcelorMittal cette semaine sont obligées de réduire leur production; des milliers de tankers restent bloqués dans les plus grands ports du monde, faute de main d’œuvre; et - nous l'apprenons aujourd'hui - les grandes surfaces vont augmenter les prix de certains de leurs produits de 5% à 25% d’ici quelques semaines. Bref, il y a dans l’air cette impression que l’horloge du monde s’est détraquée.

Mais bon sang, que se passe-t-il? Quel est le lien entre mon Coca-Cola et la production de zinc, entre ma facture de gaz et la pénurie de camionneurs?

La réponse est que nous assistons à la mort lente d'une mondialisation apoplectique. Trente ans de diversification des sources d’approvisionnement pour obéir au diktat du prix et du "just-in-time", exigences des clients et de nous, les consommateurs. Comme nous l’a montré de manière funeste la crise financière de 2007-2008, la répartition mondiale des risques n’empêche pas le système de se gripper. Ce qui était vrai pour les flux financiers, l’est aujourd’hui pour les chaînes d’approvisionnement: la crise de l’offre provoque des pénuries et un choc financier pour les citoyens et les entreprises.

La situation actuelle nous montre une urgence, celle d’une réflexion fondamentale sur l’adaptation de nos économies à cette dislocation mondiale.

La crise énergétique actuelle suit la même logique. La Commission européenne n’a eu de cesse que de déréguler le marché de l’Union et de l’exposer au bon vouloir de ses partenaires, même les moins fiables. Aujourd’hui, cette même Commission qui conduit à pleine vapeur le train de la transition énergétique - et de son corolaire, le renchérissement du prix du carbone - est bien en peine de soulager ses États membres aux abois. Des États membres qui, comme au cœur de la crise sanitaire, doivent s’en remettre à leurs propres outils pour pallier leur dépendance au monde extérieur.

Difficile de résoudre les problèmes à court terme, sauf à éteindre les feux là où ils se déclenchent. La situation actuelle nous montre pourtant une urgence, celle d’une réflexion fondamentale sur l’adaptation de nos économies à cette dislocation mondiale.

La bonne nouvelle, c’est que certains moyens sont à portée de main, comme l’automatisation de nos entreprises (avec ce constat brutal: un robot peut coûter moins cher qu’un travailleur chinois) et une plus grande proximité géographique des fournisseurs. De quoi générer de nouvelles filières et des emplois locaux. Tout cela devra être assisté par le politique qui doit prendre en main l’organisation d’une transition énergétique juste et ordonnée.

Le monde est face à un bouleversement inédit. À nous d’y répondre de manière concrète pour qu’il soit viable pour nos économies et nos populations. À défaut, la fin de la mondialisation sera douloureuse.

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