Commissions de défaillances parlementaires

Rédacteur en chef

L'édito de Joan Condijts, rédacteur en chef.

Ce n’est pas la Commission qui doit contrôler le Parlement, c’est le Parlement qui doit contrôler la Commission. La précision est signée Antonio Tajani, président du Parlement européen.

Mardi dernier, dans l’hémicycle strasbourgeois, Jean-Claude Juncker s’est permis une digression en introduction de son allocution. Une digression assassine comme le tribun luxembourgeois en use avec une virtuosité certaine: "Le Parlement est ridicule, très ridicule. Je salue ceux qui se sont donné la peine d’être en salle…" Le président de la Commission européenne s’adressait à la trentaine de députés présents sur les 751 que compte théoriquement le Parlement européen. Moins d’un sur vingt.

Lorsqu’on passe à la case "commission d’enquête", c’est généralement que le désastre a eu lieu…

Antonio Tajani l’a réprimandé, fermement, d’un rappel du fonctionnement institutionnel aussi juste que l’attaque de Juncker était justifiée…

L’anecdote est parlante. Surtout ramenée dans le contexte barnumesque qui singularise la scène politique francophone belge. Les élus du peuple contrôlent l’exécutif, rappelle donc le sieur Tajani. À Strasbourg comme à Bruxelles ou Namur. Tel est le principe. S’applique-t-il?

La profusion de commissions d’enquête parlementaires suscite le doute: les députés semblent davantage enclins au contrôle a posteriori qu’a priori. Parce que, lorsqu’on passe à la case "commission d’enquête", c’est généralement que le désastre a eu lieu… Les députés seraient-ils débordés au point de ne plus contrôler efficacement le gouvernement? Leurs travaux de contrôle en amont ne seraient-ils pas ou mal relayés? Leurs éventuels avertissements ou interpellations seraient-ils inaudibles? Les parlementaires seraient-ils enfermés dans une discipline particratique qui n’autoriserait qu’une enquête pour expliquer comment le mal a pu arriver plutôt qu’un travail au sein de l’hémicycle qui le préviendrait ou le tuerait dans l’œuf?

La réponse à ces questions est sans doute aussi multiple que l’est une assemblée du peuple faite d’individus… Les conclusions de la commission d’enquête Publifin, qui a clos ses travaux cette semaine, montrent cependant par les nombreuses défaillances politiques relevées, par les défauts de gouvernance pointés notamment au niveau du gouvernement wallon, à quel point l’institution parlementaire a failli à l’une de ses missions principales qu’Antonio Tajani rappelait si justement à Jean-Claude Juncker: contrôler l’exécutif. Comme Jean-Claude Juncker rappelait si justement au président à quel point son institution était ridicule d’être si déserte…

Peut-être la question du contrôle parlementaire et de sa défaillance mériterait-elle aussi une commission d’enquête parlementaire? Comme dit l’adage, le ridicule ne tue pas…

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