Contamination aux PFAS: le désert de données wallonnes

Rédacteur en chef adjoint

Face aux députés wallons, la ministre de l’Environnement Céline Tellier s’est défendue. L’un des enseignements de la saga sanitaire sur les PFAS, c’est l’incapacité de l’administration wallonne à générer et gérer des données satisfaisantes sur son territoire.

Un simple tableau Excel. Une feuille de colonnes et de chiffres qui n’a pas été correctement interprétée. Voilà, en janvier 2022, l’un des moments manqués, un signal érubescent, mais hélas noyé, qu’une eau wallonne bue par ses riverains contenait une présence anormale de PFAS, ces polluants éternels potentiellement cancérogènes et perturbateurs endocriniens. La raison de ce couac ? L’administration qui a envoyé ce tableau Excel au cabinet de la ministre Tellier (Ecolo) n’a pas assez mis en évidence le chiffre coupable, celui qui aurait dû sonner l’alerte.

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Nous sommes au XXIe siècle, ère des data, des capteurs, des objets connectés, de l’intelligence artificielle, et la Wallonie continue de buter sur un mal endémique : son incapacité à générer et à gérer ces données indispensables pour la bonne gestion de son territoire.

Un tableau Excel. Nous sommes au XXIe siècle, ère des data, des capteurs, des objets connectés, de l’intelligence artificielle, et la Wallonie continue de buter sur un mal endémique: son incapacité à générer et à gérer des données indispensables pour la bonne gestion de son territoire.

Où l’on découvre, lors de la publication dans le journal Le Monde en février dernier, que la Région est la seule dans toute l’Europe de l’Ouest à ne pas publier de statistiques fiables sur la pollution au PFAS. Et ce, alors que la contamination ainsi que ses effets probables sur la santé sont connus et documentés depuis plusieurs années. Alors qu’en 2018, l’armée américaine avait déjà prévenu les autorités qu’à Chièvres, l’eau souterraine en est polluée. Alors qu’aujourd’hui, nombre de pays, mais aussi la Flandre, ont érigé des normes à ce sujet, ce que la Wallonie n’a jamais fait.

Des données pour circonscrire le problème

Il faudra changer le logiciel wallon, et enfin le brancher sur une véritable base de données, autre chose qu’une simple feuille Excel.

Aujourd’hui, à l’issue de ce scandale, la ministre Tellier prend enfin des initiatives pour remplir les trous dans la raquette de données wallonnes. Normes, seuils de vigilance, analyse des rejets des entreprises employant ces polluants.

Mais il en faudra plus. Au-delà des réserves d’eau, cœur du cyclone politique aujourd’hui, il faudra analyser les sols, l’air, mais aussi l’atmosphère, sachant que ces composés fluorés, notamment en sortie d’incinérateur, ont un pouvoir de réchauffement climatique plusieurs dizaines de milliers de fois plus élevé que le CO2.

Sans compter l’analyse sanguine des citoyens les plus exposés. Selon les études réalisées par l’European Human Biomonitoring Initiative (HBM4EU), regroupant divers labos et centres de recherches (dont le Vito flamand), les PFAS nocifs détectés dans le sang des Européens sont principalement des substances déjà interdites, mais extrêmement persistantes.

Autant d’informations qui pourront circonscrire le problème et, objectivement, mettre les entreprises face à leurs responsabilités. Mais il faudra pour cela changer le logiciel wallon, et enfin le brancher sur une véritable base de données, autre chose qu’une simple feuille Excel.

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