Contre Daesh, la lutte invisible

Sur la "guerre contre le terrorisme"

Il n’y a pas de recette miracle pour lutter efficacement contre le terrorisme. Le combat revêt nécessairement de multiples dimensions: de la prévention dans les quartiers "sensibles" à l’intervention militaire contre Daesh en Syrie et en Irak, la palette est très large. Tous les instruments peuvent avoir leur utilité. Toutefois, les éléments les plus spectaculaires et médiatiques – et donc les plus rentables politiquement – ne sont pas les plus importants. François Hollande a beau adopter une posture guerrière et larguer des bombes sur Raqqa (la "capitale" de l’Etat islamique en Syrie), l’essentiel est ailleurs. Il est dans un travail de fond, au long cours, bien plus caché et ciblé. Une priorité doit être d’investir dans l’amélioration de nos services de renseignement.

Les terroristes sont des êtres humains avec leurs faiblesses. A nous d’exploiter leurs failles.

À l’heure actuelle, ils réalisent déjà des performances appréciables. Ils réussissent par exemple à déjouer régulièrement des attentats. Par nature, leurs succès restent discrets. Mais les attentats de Paris – dont plusieurs auteurs sont revenus de Syrie en échappant aux radars – montrent qu’il reste beaucoup à faire. Les moyens manquent et les collaborations entre services européens sont encore lacunaires, sans parler qu’une CIA européenne reste un mirage. En Belgique, le renseignement est articulé entre le SGRS (Service général du renseignement et de la sécurité, militaire) et la Sûreté de l’Etat. S’il faut concéder au gouvernement de Charles Michel d’avoir renforcé tant leur personnel que leur financement, la Sûreté reste en sous-effectif face aux quelque 800 "menaces" potentielles recensées dans notre pays.

Les terroristes sont des êtres humains, avec leurs faiblesses. Ils sont regroupés au sein d’organisations, avec leurs défauts et leurs problèmes, par exemple logistiques. À nous d’exploiter leurs failles. Il faut repérer ces (candidats) terroristes, les surveiller, les utiliser pour in fine les mettre hors d’état de nuire. Le renseignement est la clé de voûte pour vaincre les djihadistes. Il faut des investissements accrus en moyens techniques, financiers mais surtout humains. Y compris, et surtout, via des relais dans la communauté musulmane, que ce soit en Belgique, en Europe ou en Syrie, et via une connaissance approfondie de l’arabe, du monde musulman et de l’islam. Un tel choix ne fera sans doute pas gagner une élection, mais il fera peut-être gagner la guerre contre le terrorisme.

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