Crise chez bpost: chacun son job

Rédacteur en chef

La crise chez bpost nous rappelle qu'en ce pays les relations entre gouvernement, administration et entreprises publiques sont malsaines. Le grand perdant s'appelle l'intérêt général.

"Une mauvaise tradition venue du passé, que j’ai poursuivie, et c’était une erreur." La vice-Première ministre Petra De Sutter (Groen), en charge des entreprises publiques, a eu cette phrase cette semaine au Parlement, pour expliquer que deux de ses collaborateurs étaient détachés de bpost et toujours payés par l’opérateur postal.

Publicité

Un(e) ministre s’entoure d’un staff qui pense comme lui (ou elle), car il (ou elle) se méfie d’une administration dont le management est le résultat de nominations… politiques passées. Malsain.

L’erreur est-elle réparée en retournant les deux personnes concernées à l’expéditeur? Tout est bien qui finit bien? Non. Le problème soulevé ici n’a rien d’une inattention ponctuelle rapidement corrigée. C’est tout l’inverse. L’épisode renvoie à une maladie profonde qui gangrène la gestion publique dans ce pays.

Il est malsain que les ministres s’entourent de cabinets – parfois pléthoriques – dont de nombreux membres sont détachés d’administrations ou d’entreprises publiques, parfois même sans quitter le payroll de ces dernières comme on vient d’en avoir l’exemple.

Ce n’est pas pour rien qu'en Belgique, chacun cherche en permanence à connaître l’étiquette politique de tout manager public. Un sport national.

Pourquoi le font-ils? La réponse officielle est toujours la même: pour exercer au mieux leurs responsabilités, les ministres ont besoin d’être entourés d’experts dans des matières souvent très techniques. La réponse non officielle est moins glorieuse: un(e) ministre s’entoure d’un staff qui pense comme lui (ou elle), car il (ou elle) se méfie d’une administration (ou d’une entreprise publique) dont le management est le résultat de nominations… politiques passées, réalisées par les exécutifs précédents dans une logique de quotas liés au poids des partis alors au pouvoir. Ce n’est pas pour rien qu'en Belgique, chacun cherche en permanence à connaître l’étiquette politique de tout manager public. Un sport national.

Le mal belge n’est donc pas seulement que les politiques au pouvoir confisquent à l’intérêt général des compétences pour les mettre au service d’intérêts partisans, s’exposant au risque de conflit d’intérêts et jetant au passage une voile de suspicion sur les personnes transférées. Le mal est aussi que le politique a beaucoup trop à dire dans les administrations et entreprises publiques.

Et pourtant, on aurait tellement à gagner si chacun se concentrait sur son propre rôle, comme cela se pratique plus au nord en Europe. Le gouvernement dit l’ambition et donne un cap qu’un service public compétent et reconnu comme tel s’attache à concrétiser. Chacun son job.

Messages sponsorisés
Tijd Connect
Echo Connect offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.
Partnercontent
Partner Content offre aux organisations l'accès au réseau de L'Echo. Les partenaires impliqués sont responsables du contenu.