Crise de conscience

Frédéric Rohart

Nicolas Hulot n'en pouvait plus d'avancer à petits pas pour l'environnement. Mais la majorité d'entre nous continue à rouler paisiblement vers le désastre écologique.

La démission de Nicolas Hulot, ministre d’État français à la Transition écologique, est un séisme politique, qui affaiblit Emmanuel Macron à moins d’un an d’élections européennes déterminantes pour l’avenir de l’Union européenne. Mais elle est aussi beaucoup plus que cela.

Nous sommes collectivement conscients des conséquences dévastatrices de notre mode de vie.

En quittant l’un des gouvernements européens les plus actifs sur les questions environnementales, Nicolas Hulot pose un constat lucide: les changements sur ces questions vitales ne sont pas à la hauteur des enjeux. Parce que le pouvoir se concentre excessivement sur l’urgence du court terme. Parce que les ministres revêtent trop souvent le costume de lobbyiste du secteur qu’ils couvrent. Parce que la société civile s’endort, incapable de mobiliser efficacement les énergies susceptibles d’activer la prise de décision politique.

Le résultat est une société qui, au-delà des discours convenus, plante la tête dans le sable. Et applaudit distraitement les petites avancées qui ne changent pas grand-chose au fond du problème: par le mode de développement qu’elle a choisi, l’humanité a amorcé une extinction massive des espèces vivantes et est en train de transformer la Terre en étuve.

Nicolas Hulot n’en pouvait plus des petits pas. Sans doute aurait-il voulu chausser des bottes de sept lieues, comme ces 15.000 scientifiques qui appelaient en novembre dernier à un sursaut collectif en égrenant quelques pistes de bon sens: faire payer le prix réel de ce que nous consommons par la fiscalité environnementale notamment; adopter une alimentation essentiellement végétale; réduire à l’échelle globale le taux de fécondité en investissant dans l’éducation… La liste est longue, mais force est de constater que l’ambition n’est pas au rendez-vous.

Notre génération porte pourtant une responsabilité inédite: nous sommes collectivement conscients des conséquences dévastatrices de notre mode de vie. Et les sociétés occidentales qui ont bâti ce modèle ont la responsabilité morale supplémentaire de montrer la voie pour en sortir. Qui est prêt à changer de paradigme? C’est la question que pose Nicolas Hulot. Pas grand monde, lui répondent ce matin les cortèges de manifestants qui défilent derrière leur volant.

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