Cybersécurité: se donner les moyens de ses ambitions

Journaliste

Après une vague de cyberattaques, la Belgique veut passer du statut de victime consentante à celui d’exemple. Le plan d’attaque est prêt, mais qui va le financer?

On aurait aimé qu’elle reste diffuse et planante sans jamais nous atteindre. La cybermenace est pourtant bien là, plus réelle que jamais. La découverte, cette semaine, d’un piratage qui dure depuis plus de deux ans au sein du SPF intérieur est le point d’orgue d’une montée en puissance des intrusions au sein des réseaux du secteur public, au cours des derniers mois. Pour le coup, nous pouvons dire merci aux pirates, car cette vague d’attaques a permis à notre pays de prendre enfin conscience du caractère réel de cette menace. Trop longtemps, les pouvoirs publics, comme bon nombre d'entreprises, ont abusé de la politique de l'autruche en espérant passer entre les gouttes.

Si la Belgique n’est pas fondamentalement en retard en matière de cyberdéfense, elle a surtout besoin de changer d’état d’esprit en passant de la réaction à l’action. Et qui dit action, dit plan d’action. Le gouvernement fédéral a dévoilé en ce sens la semaine dernière, dans un timing étrangement concomitant à la révélation du piratage du SPF intérieur, sa stratégie pour faire face à la cybermenace. Objectif: protéger les institutions, éduquer le public et le privé pour "propulser la Belgique au rang des pays les moins vulnérables d’Europe". Une stratégie ambitieuse, pilotée par le Centre pour la cybersécurité en Belgique (CCB), qui semble enfin prendre la mesure du risque sécuritaire évident, mais aussi du risque économique.

Prendre la mesure du risque, oui, mais pas encore du coût. La question du financement de cette stratégie ayant été soigneusement évitée jusqu’ici.

Prendre la mesure du risque, oui, mais pas encore du coût. La question du financement de cette stratégie ayant été soigneusement évitée jusqu’ici. L’enveloppe calculée par le CCB reste pour l’instant secrète et son financement flou. Une telle stratégie pluriannuelle et transversale se chiffre pourtant en plusieurs centaines de millions. Or le budget fédéral 2021 ne prévoit que 59 millions pour la cybersécurité. 79 millions devraient en principe y être ajoutés grâce au plan de relance européen. Cela reste un peu court au vu de ce qui est prévu pour faire de la Belgique un champion européen de la cybersécurité. Il faudra donc, pour les budgets suivants, remettre la main au portefeuille et pas qu’un peu. Chaque ministère concerné (Intérieur, Défense, Justice et Télécoms) devra y contribuer et cela se fera au détriment d’autres postes de dépenses. La partie s’annonce serrée et mettra à l’épreuve le gouvernement fédéral s’il veut assumer ses ambitions. Il en va de sa crédibilité, mais surtout de la sécurité des institutions, de leurs données et potentiellement du futur économique du pays. 

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