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Davos, héraut de la planète: on aimerait le croire

Dans "La Montagne magique" de Thomas Mann, qui se situe à Davos, deux personnages s’affrontent: l’éclairé Settembrini et le moyenâgeux Naphta.

L’un prône le progrès, les Lumières, l’autre lui oppose la violence et l’extrémisme. A Davos, où se réunit à partir de mardi la crème du capitalisme mondial, il est de bon ton de se réclamer de la première catégorie. Et d’annoncer pour l’occasion de pimpantes résolutions. Cette édition 2020 n’échappe pas à cette coutume, avec, en ligne de mire, LE sujet en vogue: rien de moins que le sauvetage de notre planète Terre.

Il faudrait un chef d’orchestre supranational capable d’intégrer le volet environnemental dans les arbitrages commerciaux.

En début de semaine, une étude publiée par l’organisation montagnarde montrait que les cinq premières préoccupations des chefs d’entreprises étaient toutes liées à l’environnement: climat, désastres environnementaux, menace sur la biodiversité, etc. Dans la foulée, certains groupes internationaux ont voulu montrer qu’ils étaient prêts à passer à l’acte. Jeudi, Nestlé a annoncé son intention d’investir jusqu’à près de 2 milliards d’euros dans le plastique recyclé. Le jour même, Microsoft indiquait que son empreinte carbone serait négative d’ici 2030, et qu’il investira un milliard de dollars dans des technologies de capture de CO2. Le monde des investisseurs n’est pas en reste: Blackrock, premier gestionnaire d’actifs au monde (7.500 milliards de dollars), a annoncé en début de semaine qu’il cesserait d’investir dans les entreprises tirant plus de 25% de leurs revenus de la production de charbon thermique.

Enfumage aussi épais que les nuages australiens? On jugera sur pièce. Mais le mouvement est lancé. À tel point que certains hedge funds spéculent désormais sur les contre-performances des entreprises suspectes de greenwashing. Au sein des sociétés elles-mêmes, certains employés, comme ceux du géant de l’e-commerce Amazon, font pression sur leurs dirigeants pour changer de direction.

Bien qu’on ne puisse que saluer ces initiatives, elles ne seront pas suffisantes. D’abord parce que la plupart d’entre elles, ponctuelles, ne peuvent échapper à la croissance continue des activités mondiales. À l’instar de ces voitures, moins polluantes ces dernières années au niveau individuel, mais collectivement plus voraces en CO2. Ensuite car pour canaliser cette croissance, il faut un chef d’orchestre supranational capable d’intégrer le volet environnemental dans les arbitrages commerciaux. Le dernier accord signé cette semaine entre les Etats-Unis et la Chine en est tout le contraire. Il force l’échange de biens de part et d’autre de la planète, avec la lourde empreinte environnementale que cela suppose.

Patrons et dirigeants, vous qui vous rencontrez dès mardi à Davos, pensez à résoudre cette difficile équation si vous ne voulez pas pencher du côté du ténébreux Naphta, dont le nom évoque à lui seul la couleur sombre du pétrole.

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