De la revanche dans l'air

Coupes drastiques dans la culture en Flandre.

Le gouvernement flamand a décidé de réduire de manière drastique les subsides accordés au secteur culturel: -6% pour les budgets de fonctionnement et -60% pour les projets ou productions spécifiques. Comme régime minceur, c’est plutôt radical. Le ministre-président Jan Jambon, qui gère la Culture, et le ministre Mathias Diependaele, en charge du Budget, tous deux N-VA, considèrent qu’il n’y a pas de raison que la culture ne participe pas aux efforts d’économies. Voilà pour la forme.

Venons-en au fond. Chacun sait qu’entre la N-VA et le secteur culturel, le courant n’est jamais passé. Plutôt ancré à gauche, le monde de la culture ne se sent aucune affinité avec le nationalisme et ne s’est jamais privé de le faire savoir. Ce qui a eu le don de braquer la N-VA contre ces "assistés" et ces "ingrats".

On ne peut s’empêcher de déceler une volonté de revanche à l’encontre d’un secteur "rebelle".

Certains voient aussi dans ces coupes budgétaires une certaine cohérence par rapport au projet visant à renforcer l’identité flamande. D’autant que les moyens alloués aux musées et aux archives seront, eux, renforcés. On miserait ainsi sur l’ancrage dans le passé, que d’aucuns assimilent à un repli identitaire, plutôt que sur la création pure, avec son côté parfois subversif.

Nous n’allons pas trancher le débat sur les intentions réelles ou supposées du gouvernement flamand ni opposer de façon stérile une Flandre urbaine, supposée branchée et progressiste, et une Flandre des banlieues, supposée conservatrice et moins cultivée. Nous n’allons pas non plus verser dans le parallèle facile et excessif avec les années trente. Par contre, on ne peut s’empêcher de déceler une volonté de revanche à l’encontre d’un secteur "rebelle". Et on regrettera surtout que cette annonce intervienne de façon aussi brutale, puisque le tour de vis budgétaire s’appliquera dès le 1er janvier 2020. Mathias Diependaele a invité le secteur à faire preuve de "créativité" pour compenser le manque à gagner. Mais il y a fort à craindre que le délai ne soit trop court pour permettre aux artistes et aux institutions culturelles de se retourner.

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