Deliveroo, un modèle à revoir

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Le statut des livreurs de repas est indigne. Il souligne aussi les limites de notre législation sociale.

Vous les voyez parfois sur leur vélo ou leur scooter, dans la pluie ou sous le vent, à des heures tardives. Peut-être même vous livrent-ils certains de vos repas. Ils sont souvent de jeunes hommes, régulièrement des sans-papiers. "Ils", ce sont les coursiers de Deliveroo. Le tribunal du travail de Bruxelles examine en ce moment leur statut. Trente d’entre eux, soutenus par les syndicats, estiment que leur travail d’indépendant est factice et doit être requalifié en contrat salarié. L’issue du procès pourrait modifier les règles du jeu pour l’économie collaborative telle que pratiquée notamment par Deliveroo mais aussi Uber Eats ou encore Takeaway.

On ne se substituera pas ici à la Justice pour trancher. Mais la problématique dépasse celle du statut juridique d’un contrat. Une étude récente de la VUB pointait que la réalité d’une majorité des livreurs de repas est constituée d’emplois précaires, d’horaires de travail longs et irréguliers, d’absence de sécurité sociale, de salaires moyens faibles et instables… Autrement dit, ces travailleurs sont pratiquement exploités. C’est inacceptable. En 2021, notre pays doit imposer et faire respecter un socle minimum de valeurs sociales. La "nouveauté" d’un modèle économique dit "collaboratif" ne peut servir de cache-sexe à une dérégulation à outrance.

La "nouveauté" d’un modèle économique dit "collaboratif" ne peut servir de cache-sexe à d'une dérégulation à outrance.

Notre législation doit donc être adaptée pour éviter d’en revenir insidieusement au temps des forçats du travail, façon XIXe siècle. Au politique de s’en emparer. La commission de l'Emploi de la Chambre débat justement d’une proposition de loi socialiste qui permet de faire des travailleurs des plateformes collaboratives des salariés, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays. Le consommateur a aussi son rôle à jouer : ses choix conditionnent la rentabilité du modèle.

Mais le cas Deliveroo souligne en creux d’autres failles de notre modèle social auxquelles il convient aussi de s’attaquer. Notre marché de l’emploi reste ainsi peu accessible à certains publics peu qualifiés. Il est aussi exagérément rigide. Comme les coursiers, beaucoup de jeunes ne se retrouvent pas forcément dans des schémas "historiques" d’organisation du travail. Y introduire davantage de flexibilité et de souplesse - dans un souci d’équilibre - serait nécessaire. Il y a une vraie demande en ce sens que Deliveroo et consorts comblent en partie. Enfin, l’économie collaborative est aussi, comme d’autres procédés (voitures de société, chèques repas, primes, droits d’auteur…), une façon de contourner un problème fondamental persistant: le coût du travail qui reste trop élevé pour les employeurs pour un gain net trop faible pour les travailleurs.

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