Des actes plutôt que des gestes

Rédacteur en chef

Gouvernance fut le mot phare de cet été qui se meurt sous nos yeux. Dégoûtés par l’indécence – l’abjection parfois – de leurs pairs, pressés par une opinion publique désenchantée, les élus de gauche comme de droite n’ont cessé de surenchérir dans un jeu malsain de "qui lavera plus blanc?" ou plutôt "qui lâchera le plus de mandats?".

Les sociaux-chrétiens bruxellois sont pris entre le marteau Lutgen et l’enclume PS. Crise de schizophrénie assurée…

Malsain parce que l’urgence conduit à des excès dont seul le temps révélera les défauts – même si les Cassandre peuvent déjà les nommer: surcoûts, incohérence, débauche de personnel politique… Malsain parce que la goinfrerie et l’ivresse du pouvoir ne se combattent pas en limitant les tentations mais en écartant les coupables – ce qui n’a été fait que partiellement – et en édictant des règles dissuasives, en structurant mieux et en assurant une vraie transparence des rémunérations publiques. Malsain surtout parce que la gouvernance n’est somme toute qu’un moyen, non une fin, et que, durant ces derniers mois, ce moyen a été érigé en fin ultime jusqu’à voir les sociaux-chrétiens tenter, en son nom, des hara-kiris gouvernementaux dont ils espéraient sortir indemnes.

Or la fin est plus prégnante que jamais. Et cette fin, c’est gouverner. Le verbe. Qui traduit l’action. C’est-à-dire faire, agir, créer, se mouiller, turbiner. Soyons justes: le gouvernement fédéral n’a pas chômé pendant la trêve (notre supplément de ce week-end décode d’ailleurs ses travaux d’été). Flingué par le cdH, ressuscité via le MR, le gouvernement wallon nouvelle formule s’est mis au boulot. Ciblés par le cdH et… loupés par le cdH, les exécutifs bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont, quant à eux, condamnés à poursuivre en l’état. Et cela s’annonce mal.

Primo, au nom de la sacro-sainte gouvernance qui bannit désormais le cumul de mandats, Laurette Onkelinx a tranché mercredi dernier: elle conserve la main sur l’aile bruxelloise du PS et ne jouera plus qu’un "second rôle" au Fédéral. L’ex-vice-Première ministre a cependant ajouté qu’elle quitterait la scène politique en 2019. Compréhensible sur le plan humain, la décision demeure politiquement loufoque (deux ans, c’est long). Et dangereuse. Parce qu’elle risque de fragiliser un PS bruxellois où les vocations et les appétits s’aiguiseront à mesure que passeront les mois. Avec de possibles, sinon probables, répercussions sur le gouvernement de la capitale déjà convalescent.

Secundo, les sociaux-chrétiens bruxellois sont pris entre le marteau Lutgen et l’enclume PS. Crise de schizophrénie assurée… Bref, la gouvernance, c’est bien, c’est nécessaire. Gouverner efficacement, c’est encore mieux. Et en cette semaine de la mobilité qui débute, une métropole engluée telle que Bruxelles ne réclame guère qu’un métro performant (allô, la Région?) et un RER (allô, le Fédéral?). Des actes plutôt que des gestes…

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