Rémunérations dans les entreprises publiques

Un an plus tard, le dossier des rémunérations dans les grandes entreprises publiques risque bien de débouler sur la table du nouveau gouvernement. En décrétant que les salaires sont "l’affaire du conseil d’administration" d’une entreprise (publique ou semi-publique) et qu’il n’entend pas mettre son nez dans ces affaires, le ministre Alexander De Croo envoie un drôle de signal.

Certes, il faut reconnaître que l’accord politique arraché de haute lutte à l’époque par le socialiste Jean-Pascal Labille — prévoyant un plafond de 290.000 euros et laissant la porte ouverte à des exceptions ciblées: Belgacom, bpost — n’a jamais été coulé en force de loi. Et que de nombreux problèmes subsistent sur le terrain — notamment parce que des CEO gagnent moins bien leur vie que certains de leurs collaborateurs. On peut donc comprendre que les libéraux flamands — qui étaient farouchement opposés à une telle limitation — veuillent aujourd’hui détricoter ce qui a été fait et revenir sur une mesure qu’ils estiment avoir été prise pour de mauvaises raisons — idéologiques, voire doctrinaires.

Plusieurs entreprises publiques ont été dotées de nouveaux chefs qui ont prouvé qu’ils n’étaient pas des seconds couteaux.

Pour autant, ce principe de plafonnement ne s’est pas révélé totalement inapplicable dans les faits. Depuis lors, plusieurs entreprises publiques — et non des moindres — ont été dotées de nouveaux chefs qui ont prouvé qu’ils n’étaient pas des seconds couteaux et qu’ils étaient prêts à mener les stratégies qu’il fallait pour assurer la pérennité de l’entreprise qui leur avait été confiée.

Aujourd’hui, Alexander De Croo semble vouloir résoudre une situation difficile en rajoutant à son tour une couche d’insécurité (juridique). Et a l’air de vouloir enterrer définitivement une des ambitions du projet Labille, qui visait à assurer davantage de cohérence sociale en évitant les trop grands écarts de salaires au sein de ces entreprises.

Une chose est de se montrer réaliste et d’éviter une trop grande rigidité qui handicaperait l’avenir de ces entreprises, parfois cotées, qui évoluent dans un contexte de forte concurrence. Une autre est de laisser totalement sans contrôle l’évolution des salaires dans ces entités. Entre les deux, Alexander De Croo semble avoir choisi. Et cela ne va pas dans la bonne direction.

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