Échange euros contre estime

Amazon joue l’apaisement fiscal

Enfin! Les coups de pression répétés de plusieurs États et l’enquête ouverte par la Commission européenne ont remis Amazon dans le droit chemin fiscal! Finis les stratagèmes complexes et autres rulings luxembourgeois: depuis le 1er mai, le géant du commerce en ligne paie ses impôts là où sont générés ses revenus. Ou pas.

Certes, les activités européennes d’Amazon ne seront plus exclusivement centralisées au Luxembourg, mais dans les filiales nationales. Sauf qu’Amazon ne dispose de ce type de structures que dans 4 pays (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie) et bientôt en France.

L’étau fiscal se resserre autour d’Amazon, qui se devait de lâcher du lest. Et qui espère calmer les ardeurs de la Commission européenne

Aucun agenda n’est prévu pour les autres marchés et, outre quelques lobbyistes, le recrutement massif de salariés en Belgique n’est pas pour demain.

Il faudra aussi se pencher sur la manière qu’aura le groupe de déclarer ses revenus dans chacun des pays, car depuis peu, l’Europe impose aux acteurs de l’e-commerce d’appliquer les TVA respectives de chacun des pays sur les ventes: les possibilités de shopping fiscal restent donc d’actualité, alors que le contexte fiscal du Luxembourg, pays honni depuis l’affaire des LuxLeaks, risque d’évoluer rapidement.

Plus généralement, les États membres et l’Europe sont devenus particulièrement nerveux sur ces questions et la coopération entre les autorités fiscales ne cesse de progresser. Plus question, aujourd’hui, d’être le mauvais élève européen en la matière.

Un étau qui se resserre, combiné avec une réputation toujours plus désastreuse en matière de droit des travailleurs: Amazon se devait de lâcher du lest, d’offrir quelques euros pour gagner un peu d’estime. Reste à voir si l’objectif n’est pas, surtout, de calmer les ardeurs de la Commission européenne, en battant sa coulpe publiquement pour éviter une amende monstre.

Le geste semble n’avoir que peu ému l’institution qui insiste sur le fait que cela ne change rien à l’évolution de son enquête. L’initiative est en outre à double tranchant puisque pour certains, comme l’économiste Thomas Piketty, elle est surtout l’aveu majeur de pratiques condamnables.

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