Edito: Vers une «Pax Electrica III » ?

©Nima Ferdowsi

De Benedetti à Eni en passant par Enel, il était écrit que le destin de tout ou partie de l’énergie en Belgique passerait par l’Italie.

Alors que depuis des mois toutes les parties concernées par la vente de Distrigaz se regardaient en chiens de faïence, la dernière ligne droite s’est révélée semée d’embûches. À commencer par celles que place la Creg, la Commission de régulation de l’électricité et du gaz, dont les dirigeants semblent prendre un plaisir particulier à chercher des poux dans la tête de Suez et de ses filiales. L’« affaire » de la valorisation de Distrigaz & Co, l’activité de transit de Distrigaz destinée à être reprise par Fluxys, en est l’illustration la plus récente. L’estimation de la Creg et celle de Distrigaz différaient de la bagatelle d’au moins 550 millions d’euros… Autant dire que la valeur de Distrigaz et de Fluxys s’en trouvaient sensiblement modifiée.  Le régulateur a sans doute commis l’erreur de manquer de diplomatie à l’égard d’une entreprise aux poches pleines et traditionnellement (tenue d’être) généreuse avec l’Etat belge.

Au final, le gouvernement a cassé la décision de la Creg, laquelle va encore déplorer de ne pas disposer de suffisamment de pouvoir par rapport aux géants du marché -un leitmotiv, chez elle. Mais, et c’est sans doute plus important aux yeux du ministre de l’Energie Paul Magnette, Electrabel a accepté de verser, pour le budget 2008, un montant de 240 millions d’euros. Celui-ci doit servir à la mise en œuvre d’une politique du gouvernement « concertée » en matière d’énergie… Les mots de « Pax electrica III » ne sont pas écrits, mais ils flottent dans l’air.

Celui de « nucléaire » aussi. Car la vente plus que probable de Distrigaz au pétrolier italien Eni donne un nouveau coup d’accélérateur au mouvement de concentration dans l’énergie européenne. Un mouvement auquel le regain de popularité du nucléaire n’est certainement étranger. Un peu partout en Europe, sauf en Allemagne, les États reconnaissent aujourd’hui que le nucléaire est une solution, au moins temporaire, pour sortir de la dépendance énergétique. En Belgique aussi, le gouvernement s’est donné les moyens de s’accommoder de la loi de sortie du nucléaire. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement italien vient de décider de relancer l’atome… juste au moment où Suez resserre ses liens avec un groupe transalpin.

Décidément, de Benedetti à Eni en passant par Enel, il était écrit que le destin de tout ou partie de l’énergie en Belgique passerait par l’Italie.

par Martine Maelschalck,
Rédactrice en chef

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