Une question de priorité

Négocier avec Damas contre l’État islamique.

L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Ou pas. Même s’il veut, comme eux, se débarrasser de l’État islamique, le président syrien Bachar al-Assad ne pourra plus jamais être l’ami des Etats-Unis. Si tant est que cet allié de Téhéran l’ait été un jour. La ligne rouge dont Barack Obama avait parlé en août 2012, avant de se rétracter un an plus tard, a été franchie. Plusieurs fois. Assad a n’a pas hésité à utiliser des armes chimiques contre son peuple, 215.000 personnes ont perdu la vie en quatre ans de conflit, 3 millions de Syriens ont fui leur pays. Cela fait un bail qu’Assad est définitivement infréquentable. Lui tendre la main maintenant reviendrait à infliger une nouvelle gifle aux Syriens après avoir laissés les opposants se débrouiller seuls face aux troupes gouvernementales. Et avoir ainsi facilité la montée en puissance des islamistes radicaux.

Si le régime Assad devait tomber, l’EI aurait le champ libre en Syrie et ça, personne ne le souhaite.

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À quoi riment donc les propos tenus par le secrétaire d’État US John Kerry lorsqu’il évoque une reprise de dialogue avec le dirigeant syrien? Difficile à dire. Et il n’est pas du tout certain qu’à Washington, où la ligne officielle reste qu’Assad doit partir, on le sache précisément. Seule certitude: cet apparent revirement – tempéré par une porte-parole du département d’État qui a préféré parler d’un dialogue avec Damas – est directement lié à l’État islamique.

Si le régime Assad devait tomber, l’EI aurait le champ libre en Syrie. Ni les Etats-Unis, ni l’Europe, ni les pays de la région, ni les alliés russes et iraniens du régime de Damas ne le souhaitent. Reste à voir comment se débarrasser d’Assad et de l’EI. Impossible de régler les deux problèmes en même temps, surtout que les anti-EI ne sont pas tous anti-Assad. Il fallait donc fixer une priorité. C’est ce qu’ont fait les Etats-Unis en lançant des frappes aériennes contre les positions djihadistes en Syrie. Assad n’a pas bronché. Et pour cause, ça l’arrange. Il a même admis être tenu au courant des opérations aériennes via un intermédiaire. Un semblant de dialogue a donc déjà repris. Mais pour éradiquer l’EI sur le territoire syrien, il faudra un accord plus franc de Damas. C’est ça que Washington veut probablement négocier sans savoir comment faire. Car une fois le dialogue repris, ce sera plus compliqué de retourner (à nouveau) sa veste pour virer Assad.

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