Encadrer la ruée vers l'or vert

L'obligation verte européenne est une pièce essentielle de la transition vers une économie climatiquement neutre. L'Europe mène le jeu, elle n'a pas droit à l'erreur.

Longtemps, l’argent n’a pas eu d’odeur. En le confiant à des gestionnaires compétents, il suffisait d’un peu de patience pour le voir fructifier, comme par magie. Sans prêter attention aux astuces du prestidigitateur – miser sur les activités polluantes, donc coûteuses pour la collectivité, en était une. Était ? Il est certes trop tôt pour conjuguer ce spectacle au passé, mais le futur est déjà là. La demande pour les investissements durables dépasse l’offre. Ces cinq dernières années, le marché des obligations vertes a connu une croissance exponentielle, de 40% par an.

La nouvelle norme doit s'imposer pour qu'investir ne rime plus avec insulter l'avenir. L'alternative, c'est la décroissance subie.

Ça tombe bien, les besoins sont titanesques : rien qu'en Europe, la course vers la neutralité climatique nécessite pour les dix ans qui viennent quelque 350 milliards d’investissements additionnels par an. Mais force est de constater que si l'engouement est là, on est très loin du compte. En plein boom, les obligations vertes ne représentent encore que 3% du marché mondial. Et la ruée vers l’or vert est insuffisamment encadrée, ouvrant la porte aux charlatans du greenwashing.

Plus pour longtemps, sans doute. La Commission européenne vient de proposer un "EU Green Bond Standard" prometteur. S’ils choisissent d’adopter ce label, les émetteurs d’obligations devront s’aligner sur la taxonomie verte européenne, le nouveau système de classification des activités durables, et seront mis à l’amende en cas de dérapage.

Une clé

Une incertitude demeure sur le statut du nucléaire, que les uns voudraient voir comptabilisé dans cette taxonomie parce que sa combustion n'émet pas de gaz à effet de serre, les autres refusant de voir labelliser comme "verte" une énergie dangereuse et hautement polluante. Les États européens étant divisés sur le sujet, la Commission le traite comme un point technique, sans trancher pour l'instant. Si elle veut assurer le succès de ses obligations vertes, l’Europe aurait pourtant tout intérêt à en faire l'étalon-or de la durabilité environnementale. Donc à en écarter la fission atomique - qui pourra toujours être financée par d'autres biais, comme des "obligations de transition".

S'il parvient à mobiliser rapidement et massivement des investissements privés et publics, l'EU Green Bond Standard sera l'une des clés de la décarbonation rapide de l'économie. La nouvelle norme doit désormais s'imposer pour qu'investir ne rime plus avec insulter l'avenir. L'alternative, c'est la décroissance subie que nous annoncent la Banque centrale européenne et le Comité européen de risque systémique : si nous ne réduisons pas assez vite nos émissions, nous préparons une baisse du produit intérieur brut mondial de l'ordre de 20% d'ici la fin du siècle.

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