Englert et contre tout

La politique scientifique est kidnappée.

Dans l’expression "politique scientifique fédérale", vous pourrez désormais barrer le deuxième mot. Le nettoyage en cours (voir ci-contre) est politique, à coup sûr, scientifique, certainement pas. Que la N-VA Elke Sleurs, ministre de tutelle, dégage un PS, Philippe Mettens, de la présidence de Belspo, fait presque partie d’un exercice de routine. Que la même nationaliste flamande décapite avec ferveur un nouveau bastion fédéral n’est pas plus surprenant. Que, par contre, cette scientifique, gynécologue de formation, accouche d’un plan de réorganisation, arguant de salubrité financière et d’efficacité, est plus que douteux.

Dans son plan, Sleurs prévoit de "sauver" le département spatial de Belspo (200 millions d’euros, un tiers du budget) en l’intégrant dans une nouvelle agence fédérale. Une création que ne réclamaient nullement les acteurs du secteur. Il apparaît en outre que cet outil nécessiterait l’emploi d’une cinquantaine de personnes, trois fois plus qu’avant. C’est ce qu’indique la note d’avant-projet qu’un vent favorable nous a apportée. Une note défendue par Eric Béka, étiqueté cdH, ennemi numéro 1 d’un certain… Philippe Mettens.

Tout cela fleure la gestion partisane, où séparatisme et tirage de couverture se partagent l’agenda.

Béka est devenu en 2003 "Haut Représentant pour les questions de politique spatiale". Il devait prendre sa retraite cette année… à moins que son document ne soit avalisé. Il y a en effet soigneusement reculé, à 70 ans, la limite d’âge des administrateurs, et compte bien exercer la direction de ce nouvel outil, qu’il présente depuis des années, en vain jusqu’ici, à tous les gouvernements.

Tout cela fleure la gestion partisane, où séparatisme et tirage de couverture se partagent l’agenda. Devant le regard médusé d’une communauté scientifique déjà chagrinée par la disparition prochaine de l’autre volet fédéral de la politique scientifique: les Pôles d’attraction interuniversitaire, cet outil de coopération entre les différentes communautés.

La semaine dernière, une pétition "Save Belspo" avait rassemblé 17.000 scientifiques (!), dont le prix Nobel François Englert. Réponse du gouvernement: "Circulez, messieurs dames, ici, on fait de la politique!"

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