Erdogan et la Justice spectacle

Journaliste

Ouverture des procès du putsch manqué

Hier, à Istanbul, s’est ouverte la première audience d’une série fleuve de procès durant lesquels seront jugés les dizaines de milliers de suspects arrêtés depuis le coup d’Etat manqué en Turquie, en juillet dernier. Le président Erdogan, érigé en victime de ce complot fomenté contre son régime islamo-conservateur, veut faire un exemple. Un grand procès, avec beaucoup de condamnés et des sanctions impitoyables, comme il l’a promis.

Or, l’histoire l’a montré, une Justice exemplaire n’est pas toujours un bon exemple de Justice. Surtout quand le juge se fait le bras armé de la vengeance, et non le serviteur de la vérité.

Une Justice exemplaire n’est pas toujours un bon exemple de Justice. Surtout quand le juge se fait le bras armé de la vengeance.

Dans le cas présent, la réaction démesurée de Recep Erdogan au putsch avorté – à savoir la suspension de plus de 100.000 personnes de leurs fonctions au sein de l’Etat et l’arrestation de 40.000 "suspects" – soulève de nombreuses questions.

Ces arrestations sont-elles le fruit d’enquêtes scrupuleuses, menées dans les règles de l’art, ou bien le résultat de l’obsession d’un président de purifier l’Etat turc des adeptes du mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, accusés d’avoir infiltré toutes les strates du pouvoir?

La Justice turque suivra-t-elle Erdogan aveuglément en prononçant des condamnations spectaculaires ou travaillera-t-elle en toute indépendance? Que feront les juges face à leurs anciens collègues magistrats, arrêtés au lendemain du putsch, et soupçonnés d’agir au nom de Gülen? Les juges qui ne suivraient pas Erdogan seront-ils, eux aussi, accusés d’être proches de Gülen.

Ces questions touchent l’Europe en plein cœur car elles concernent l’un de ses plus puissants alliés et partenaires commerciaux. De la réponse, qui viendra au fil de ces procès monstres, dépendra sa relation avec la Turquie. Car il est clair qu’une Justice turque défaillante au regard de la Convention européenne des droits de l’homme signerait la fin de toute perspective d’adhésion. À moins que le président Erdogan ait renoncé, depuis bien longtemps, à intégrer son pays dans l’Europe.

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