Erdogan se cherche des ennemis

Journaliste

Crise diplomatique entre Ankara et l’Europe.

Dans un mois, les Turcs seront appelés à dire "oui" ou "non" au renforcement des pouvoirs de leur Président. La réforme vise à instaurer un régime présidentiel à l’américaine, faisant du chef de l’État le seul chef de l’exécutif mais sans les garde-fous en place aux Etats-Unis. Il pourra gouverner par décret et contrôler la justice et la Cour constitutionnelle.

Si le "oui" gagne, le président Erdogan et l’AKP, son parti islamo-conservateur, régneront en maître sur le pays. Depuis le coup d’État de juillet, il s’y est préparé en purgeant l’administration, la justice, la presse et l’armée d’éléments qu’il juge opposés à sa politique.

Erdogan a tendance à confondre chaque recoin d’Europe où vit une famille turque avec ses terres électorales.

Pour l’emporter, Erdogan a besoin des voix de la diaspora turque installée en Europe. Des millions de suffrages, qui peuvent faire la différence. Quoi de mieux pour galvaniser ses partisans et faire basculer les indécis que de créer une crise où il s’érige en victime de l’Occident.

La poudrière est en place aux Pays-Bas depuis longtemps, bourrée d’explosifs par le populiste peroxydé Geert Wilders et la politique migratoire inconsistante du gouvernement néerlandais. Elle ne demande qu’à exploser.

Le Premier ministre Mark Rutte a allumé la mèche à quelques jours des législatives en interdisant le territoire de son pays aux ministres turcs. Une décision compréhensible, tant il est vrai que Erdogan a tendance à confondre chaque recoin d’Europe où vit une famille turque avec ses terres électorales. Mais un camouflet prévisible pour qui connaît la fierté du peuple turc.

Il ne restait au "sultan Erdogan" qu’à exploser de colère dans son palais. À se répandre en propos insultants, tel un Trump à l’orientale, faisant référence au "nazisme" à tout va. À se chercher de nouveaux ennemis, après la Russie et les autres, pour jouer au héros face aux siens. Face à une diaspora turque pour qui l’AKP symbolise la revanche sociale contre l’élite laïque et républicaine.

Ce petit jeu, ridicule et stigmatisant, a fini par éloigner encore plus l’Europe de la Turquie, à nourrir les racines de la haine alors qu’elles ont tout à gagner à s’ouvrir l’une à l’autre.

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