Et à la fin, c'est l'Europe qui perd

Journaliste

L’Union européenne flirte avec l’extrême droite

Et à la fin, c’est toujours Angela Merkel qui gagne. Voici plus de treize ans que la Chancelière allemande réécrit le même scénario, celui d’une longue crise dont elle sort haut la main avec placidité et le sourire en coin. Vendredi, elle tirait l’Europe d’une nuit sans fin. Lundi, elle sauvait son gouvernement d’une déchirure entre la CDU et son "parti frère" la CSU. Pour calmer la droite bavaroise, elle accepte de créer des "zones de transit" où seront enfermés les migrants trouvés en Allemagne ayant été enregistrés dans d’autres pays de l’UE. Hélas, cette fois, le prix de la sortie de crise risque d’être élevé. Et l’accord, fragile, sent le roussi.

Des camps de rétention en Allemagne, cela évoque de pénibles souvenirs.

La création de camps de rétention en Allemagne, où l’on enferme hommes, femmes et enfants, cela évoque de pénibles souvenirs. La Chancelière devra assumer ce parallèle, que les partis d’opposition se sont empressés de faire. Elle devra aussi s’expliquer avec l’Autriche qui, pour se prémunir des migrants logés dans ces zones, va rétablir des contrôles frontaliers avec son voisin allemand, une décision qui met en péril l’espace Schengen et la libre circulation en Europe. Pour éviter une flambée de l’AfD (extrême droite) sur ses terres, la CSU a poussé à cette solution. Une copie du programme de l’extrême droite, alors que les arrivées de migrants ont chuté de 95% en deux ans. Une étrange mécanique est lancée en Europe. Mardi, le chancelier autrichien Sebastian Kurz annonçait ses priorités pour l’Europe: la sécurité et la lutte contre les migrants. En coalition dans son pays avec le FPÖ d’extrême droite, il prend les commandes de l’UE pour six mois.

En 70 ans, ce sera la première fois que des ministres issus d’un parti d’extrême droite présideront les conseils européens. C’est regrettable, tout autant que lorsque l’extrême gauche parvient à s’y hisser. Le volet sécuritaire est nécessaire si l’on veut une Europe solide. Mais seul, il n’a aucun sens. Or le programme autrichien est un désert économique sans ambition pour l’Europe. Un éloge à la peur de l’étranger et au repli, porté par un jeune premier entouré de pères de l’Europe atteints d’amnésie précoce. Tout comme les camps de rétention allemands sont une insulte à la liberté et à l’histoire dans laquelle l’Europe s’enfonce chaque jour.

On ose espérer un sursaut des nouvelles générations qui, au contraire du chancelier Kurz, portent la liberté, la créativité et l’espoir. Sinon à la fin, c’est l’Europe qui perdra.

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