Faute avouée à moitié pardonnée

Anne-Sophie Bailly

Nouvelle condamnation de Monsanto

L’idée sur papier était claire pour les dirigeants, séduisante pour les actionnaires. Marier les semences les plus productives et les pesticides les plus puissants. Contrôler l’ensemble de la chaîne agricole. Profiter de synergies. Booster l’innovation. Apporter sa pierre à l’édifice de la crise alimentaire.

Quand Bayer sortira du déni, il pourra remplir ses missions: nourrir la population grâce à l’agrochimie et rémunérer ses actionnaires.

Sur papier, donc, le rapprochement faisait sens. Mais, rapidement le rachat de Monsanto par Bayer s’est avéré être un champ de mines pour l’inventeur de l’aspirine. Condamnations à répétition pour le RoundUp, retraits de l’herbicide dans une série de pays, accumulation de plaintes, crainte de voir les OGM envahir l’Europe dans la foulée du CETA, plan social et plus récemment, fichage de personnalités publiques et journalistes par la firme américaine. L’image de Monsanto, de peu flatteuse, est devenue catastrophique. Et même si le nom honni a officiellement disparu, la réputation est restée.

Le cours de Bayer reflète le fiasco. Le titre a perdu 45% depuis l’annonce du rachat. Actionnaires et direction s’affrontent en assemblée générale. Rien ne va plus. Le mariage de raison a tourné au désastre.

Et pourtant, envers et contre tout – la Justice, l’opinion publique, les marchés –, la direction de Bayer persiste et signe. Elle continue à défendre l’idée que: "Non, le glyphosate n’est pas dangereux pour la santé." Elle contrecarre les arguments des scientifiques. Elle n’écoute pas le marché qui lui hurle que le risque Monsanto a été largement sous-estimé et que Bayer est vulnérable comme jamais.

Aujourd’hui, pourtant, il est largement temps de stopper l’hémorragie, tenter de trouver une alternative au glyphosate, proposer un règlement collectif, reconnaître l’erreur, l’assumer et tourner la page. Avant que les dégâts ne s’amplifient – qui peut prédire l’ampleur que prendront des litiges?

Ce n’est que quand il sortira du déni que le nouveau géant pourra enfin s’atteler aux missions qu’il s’était confiées: nourrir la population grâce à l’agrochimie, préserver l’emploi et rémunérer ses actionnaires.

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