Fraternité et responsabilité

Après les réflexes nationaux égoïstes suscités par la crise, le courage d'Angela Merkel pour assurer la solidarité européenne nourrit de grands espoirs pour l’intégrité morale de cette Union.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz n'aura attendu que deux heures, lundi soir, pour opposer une fin de non-recevoir à la première initiative franco-allemande d'envergure depuis la création de l'euro. Angela Merkel et Emmanuel Macron venaient de proposer que l'Union emprunte 500 milliards d'euros pour irriguer de subsides les secteurs et régions d'Europe les plus gravement touchés par la crise de Covid-19.

"La fraternité n’empêche pas la responsabilité, peut-être même la nourrit-elle."

On peut discuter du volume, modeste à l'échelle de l'Union, mais là n'est pas l'essentiel. Un emprunt commun pour des subsides: ce qui hier pouvait encore être perçu comme une aspiration naïve embrasse soudain les contours du réel. La chancelière Merkel a opéré une avancée historique en brisant un tabou séculaire de l’ordolibéralisme allemand. Au nom de l’intégrité de l’Union et d'un constat simple: si des Européens sont davantage frappés que d'autres par cette crise, ce n'est pas du fait de l'incurie de leurs dirigeants mais par le hasard, qui les a vus touchés en premier par le virus, et par la structure de leur économie, largement orientée vers le tourisme.

"Solidarité, de pair avec responsabilité"

Mais Sebastian Kurz, s'exprimant au nom des quatre "frugaux" autoproclamés (Autriche, Pays-Bas, Danemark, Suède), a souligné que le passage de l'Allemagne dans le camp des défenseurs de subsides de crise ne change rien à leur position: si aides il y a, elles ne doivent être allouées que sous forme de prêts. Les victimes de première ligne (et leurs enfants) devraient donc rembourser rubis sur ongle la "solidarité" consentie par les nordiques.

Car la solidarité, disent-ils, doit aller de pair avec responsabilité. La formule est jolie, et on la défend volontiers. Mais dit-on du banquier qui accorde un prêt à un ménage en détresse qu’il lui est solidaire? L’alternative qui se pose aux États de l’Union, et a fortiori aux quatre "frugaux" est de faire une opération intéressée – renflouer des pays en crise pour sauver l’euro et le marché unique – ou un geste fraternel pour le même résultat: tendre la main à des voisins éprouvés.

La fraternité n’empêche pas la responsabilité, peut-être même la nourrit-elle. Après l’irruption d'une crise sanitaire marquée par des réflexes nationaux égoïstes, le courage dont a fait preuve Angela Merkel en assumant un saut quantique pour la solidarité européenne nourrit de grands espoirs pour l’intégrité morale de cette Union. Elle replace le débat des Vingt-Sept sur de nouvelles bases, il faut espérer qu'il sera réfléchi et plus digne. Rapide, aussi.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Lire également

Messages sponsorisés