Gardons-nous de rompre le lien social

Rédacteur en chef adjoint

Au-delà des extrémismes et des violences, la manifestation de dimanche exprimait le désarroi des citoyens. Une brèche qui risque de grandir si d’autres enjeux comme l’énergie et la fébrilité économique continuent à grever leur portefeuille.

Disons-le d’emblée, pour les Belges, c’est "Winter is coming". Une quatrième vague Covid explosive, des prix énergétiques gonflés au gaz, une inflation "temporaire" qui s’installe, une économie encore fébrile et un pouvoir d’achat qui s’érode. Ajoutez à cela l’atmosphère anxiogène de fin du monde véhiculée lors de la dernière COP à Glasgow et vous avez un cocktail idéal pour déstabiliser les plus optimistes de nos concitoyens. Mais aussi pour fissurer nos sociétés. Et la manifestation monstre de ce week-end n’en est peut-être que le premier avatar, une brèche forte de 35.000 voix, qui est appelée à s’agrandir si le gouvernement ne prend pas la mesure des enjeux.

Passons ici la véritable motivation des batteurs et batteuses de pavés. Derrière la "marche pour la liberté", dimanche, bon nombre d’observateurs ont pu lire sur les pancartes l’éclectisme des revendications: les "non" s’adressaient pêle-mêle à la vaccination obligatoire, à la loi pandémie, mais aussi aux médias, au gouvernement, au monde pharmaceutique. Ce qui interpelle surtout, c’est l’ampleur de la mobilisation, sa déferlante dont personne n’avait prévu la force et qui n’était organisée par aucun corps intermédiaire. Au-delà des extrémistes, anti-vax et autres complotistes de tous bords, il faut y voir aussi l’écume bouillonnante d’une vague spontanée, la face visible d’un ras-le-bol généralisé, un fil tendu prêt à rompre sur lequel il sera difficile de tirer encore longtemps et dont il faudra désormais tenir compte.

Au-delà des extrémistes, anti-vax et autres complotistes de tous bords, il faut y voir aussi la face visible d’un ras-le-bol généralisé dont il faudra désormais tenir compte.

Or, outre la crise sanitaire, bon nombre de crispations guettent nos sociétés. La liste évoquée ci-dessus en dévoile quelques-unes: énergie, inflation, pouvoir d’achat, autant de défis qui touchent au plus près notre quotidien. Justement, notre gouvernement travaille corps à corps avec ces matières. Reprenons. L’énergie chère? Avec la sortie (totale ou non) du nucléaire, le Fédéral doit décider dans les jours qui viennent la meilleure formule pour assurer un approvisionnement énergétique fiable, à un prix abordable. Le pouvoir d’achat? Le ministre des Finances Vincent Van Peteghem élabore une réforme fiscale qu’il annonce plus juste, "sans tabou".

La bonne nouvelle, c’est que ces enjeux immédiats de la population sont dans les cartons de nos ministres. La mauvaise, ce serait que les décisions débouchent sur davantage de frustration. La crise sanitaire a poussé nos citoyens à bout. N’en rajoutons plus, sinon, à défaut de mesures justes, équilibrées, compréhensibles, le lien social, lui, risque bel et bien de se rompre.

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