Génocide et raison d'Etat

Journaliste

Le Rwanda commémore les 25 ans du génocide

Le 7 avril 1994, une folie meurtrière embrase le Rwanda. Un noyau dur de Hutus au pouvoir, relayé par Radio Mille Collines, ordonne le massacre des Tutsis. Avec, pour prétexte, de venger la mort du président Juvenal Habyarimana, un Hutu, dont l’avion vient d’être abattu. Le même jour, la Première ministre Agathe Uwilingiyimana et dix paras belges chargés de la protéger sont assassinés par la garde présidentielle. Un génocide commence. Le plus rapide de l’histoire. En cent jours, des Hutus, conditionnés par la propagande du "Hutu Power", abattent près d’un million de Tutsis et de Hutus "modérés", souvent des voisins, des proches.

50 ans après l’extermination de six millions de Juifs, l’histoire s’est répétée. Implacable, dans l’indifférence.

Les États-Unis et l’Europe ne bougeront pas, niant lâchement le génocide en cours devant leurs yeux. Ils resteront passifs, refusant d’utiliser le mot "génocide", une telle reconnaissance ayant obligé une intervention. Paris enverra des militaires établir une "zone humanitaire sûre" dans laquelle se réfugieront des génocidaires et Radio Mille Colline, rebaptisée "Radio Machette" et appelant toujours à tuer "les cafards". L’ouverture des archives, décidée par le président Macron, révélera bientôt le rôle de la France.

Les racines – complexes – de ce drame se trouvent entre autres dans le renforcement par le colon belge de la distinction entre Hutus et Tutsis. La Belgique, dans son intérêt, imposa la carte d’identité ethnique. Elle appuya les monarques tutsis. Puis elle misa sur les Hutus, renversant brutalement l’ordre d’une société dirigée depuis des centaines d’années par la minorité tutsi. Des Hutus fanatisés s’en prirent aux Tutsis pour les empêcher de revenir au pouvoir. Le génocide fut aussi marqué par un basculement de l’influence de la France au profit des Américains soutenant le FPR de Paul Kagame. La région, offrant un accès au Kivu, riche en minerais vitaux pour l’internet, était, et reste, un enjeu majeur.

Cinquante ans après l’extermination de six millions de Juifs par l’Allemagne nazie, l’histoire s’est répétée. Implacable, dans l’indifférence. Et elle se répétera tant que certains États considéreront d’autres terres, d’autres peuples, avec avidité comme leur propriété. Leur terrain de jeu.

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