Gilets jaunes et gilets verts

Serge Quoidbach

Les gilets jaunes manifestent contre la hausse du prix des carburants tandis que les verts marchent contre celle de la pollution. Mais leurs messages ne sont pas aussi contradictoires qu'on se plaît à le dire.

Vendredi, des centaines de manifestants ont bloqué les axes principaux de Bruxelles. Dimanche, des dizaines de milliers de personnes vont inonder le parc du Cinquantenaire.

Si les chiffres, et eux seuls, parlent, les seconds l’emportent sur les premiers. Mais au final, qui gagne? Ceux qui combattent la hausse du prix des carburants? Ou ceux qui, au nom de ces mêmes carburants, veulent mobiliser les gouvernements pour en diminuer les effets néfastes sur l’environnement? Ceux qui, parfois violemment, grippent depuis deux semaines l’écoulement ronronnant de notre économie? Ou ceux qui, dans une ambiance bon enfant (nous l’espérons), affronteront la pluie et la trêve dominicale?

→ Lire notre reportage Portrait-robot du "climato-sensible"

Le combat est à mi-parcours entre cette masse aux revendications aussi diverses que légitimes, et des politiciens inaptes.

Sur papier, les seconds continuent de l’emporter, dirait-on. Certes. Mais sur papier seulement (même recyclé).

Ne mélangeons pas tout. Ne renvoyons pas dos à dos les gilets jaunes et les gilets verts. Ne suivons pas ces récupérateurs de tous bords qui, sur le socle branlant de la liberté de la presse, se sont écharpés à propos de ce paradoxe apparent: "Ceux qui ont voté Ecolo combattent aujourd’hui les taxes environnementales." Car si paradoxe il y a, il ne se situe pas là.

Le combat n’oppose pas les soi-disant pauvres climatosceptiques et les soi-disant riches à vélo électrique. Il n’oppose pas l’écologie effarouchée et le nationalisme brutal. Non. Le combat est à mi-parcours entre cette masse aux revendications aussi diverses que légitimes, et des politiciens inaptes. Une population unie, déboussolée, devant l’inconsistance sidérante des décisions prises sous prétexte de nous sortir de l’ornière climatique.

La crise des prix des carburants concentre à elle seule cette incurie. D’hier et d’aujourd’hui. La réponse de notre classe politique aux émissions de gaz à effet de serre? La diminution de la pression fiscale sur le diesel, moins émetteur. La réponse à de notre classe politique à la pollution (conséquente) aux oxydes d’azote? L’augmentation abrupte de cette même pression fiscale sur le diesel, accusé soudain de tous les maux.

Et maintenant, quelle alternative nous propose le politique. Peu de chose. Le tout à l’électrique? Impossible pour l’heure, à moins de rêver, avec des voitures hors de prix, des bornes insuffisantes et un approvisionnement énergétique pour le moins erratique.

Oui, le citoyen de tout bord, citadin, rural, moustachu, permanenté, de gauche, de droite, jaune ou vert, est  prêt à faire des sacrifices, à éteindre la lumière du salon, enfourcher son vélo, cultiver son potager, diminuer son chauffage, recycler ses déchets,… Oui, il est prêt, pour peu que le politique embraye avec des mesures efficaces et cohérentes. Alors seulement, gilets jaunes et gilets verts rentreront chez eux, main dans la main.

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