Identités en minuscules

Frédéric Rohart

Qu'il s'exprime à l'université de Gand ou devant la RTBF, le racisme est toujours bien présent en Belgique.

Mercredi, la présentatrice météo de la RTBF, Cécile Djunga, a révélé le harcèlement raciste dont elle fait l’objet depuis qu’elle occupe cette fonction. Le même soir, la Flandre a découvert en regardant le magazine "Pano" de la télévision publique flamande comment un groupe néofasciste a investi avec succès la meilleure université du pays et les listes du premier parti de Belgique, cachant derrière le sourire-écran de son leader le déluge de haine qui lui sert de moteur.

Ces deux-là sont la même personne. Et si on la laisse faire, à la fin, elle tue.

Les deux événements se répondent pour souligner une nouvelle fois combien le racisme est débridé en Belgique. Ce n’est qu’une piqûre de rappel collective comme on en reçoit régulièrement dans le pays où un quotidien national a photoshopé le couple Obama en singes (pour rire, bien sûr). Visiblement, elles ne nous vaccinent pas.

Les données du problème sont pourtant simples. Il y a les flamands et les wallons, bien sûr. Les bruxellois, les germanophones. Les béwé, les anversois, "en de rest is parking". Les marocains de Belgique, les congolais, les français bien sûr. Les musulmans, sunnites ou pas, les juifs et les autres. Les vietnamiens des boat people et leurs enfants, les bulgares qui viennent d’arriver. Ils sont tous et toutes belges – habitants de la Belgique. Toutes et tous européens, eurasiens, terriens.

Et c’est à dessein qu’on écrit ici leurs états comme on écrit "être humain": sans majuscule. Les identités sont d’autant plus riches qu’elles sont multiples. La tentation du tribalisme a été efficacement combattue pendant les décennies qui ont suivi la double guerre mondiale du siècle dernier, née en Europe sur un terreau xénophobe méticuleusement entretenu. Mais la digue s’est fendue depuis longtemps. En Belgique, l’affirmation identitaire, nationaliste, régionaliste, connaît un franc succès et déteint jusque dans la couleur des feux rouges. Elle poursuit son chemin tortueux. Ressort tantôt en Mr Jekyll – écoutez-les faire la liste des vertus d’un nationalisme tolérant – et tantôt, comme mercredi, en Mr Hyde. Mais ces deux-là sont la même personne. Et si on la laisse faire, à la fin, elle tue.

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