Il faut opposer les modes de transport

Pauline Deglume

Les voiries n’étant pas extensibles, il faudra forcément reprendre aux uns l’espace que l’on veut accorder aux autres.

À l’instar de thématiques comme les religions et l’immigration, la mobilité suscite des débats où l’hystérie prend assez rapidement le pas sur l’argumentation rationnelle. Un phénomène qui explique sans doute pourquoi la plupart de nos politiques sont aussi timorés sur la question. On ne compte plus les fois où un mandataire de la Région bruxelloise, juste après avoir mentionné sa volonté d’encourager le développement de la marche, du vélo ou des transports en commun, ajoute la formule consacrée: il ne faut pas opposer les modes de déplacement. Dans un registre identique, ils sont également nombreux à répéter à l’envi qu’il ne faut surtout pas toucher aux axes autoroutiers avant d’avoir mis en place une alternative valable.

L’automobiliste ne changera pas ses habitudes pour un tram englué dans le trafic.

Ces atermoiements se ressentent dans le bilan "mobilité" en demi-teinte du gouvernement bruxellois. D’une part, on crée de nouvelles lignes de transports en commun et des infrastructures sécurisées pour les vélos. De l’autre, on investit des millions d’euros pour rénover les tunnels d’entrée de la capitale par lesquels arrivent une partie des 350.000 navetteurs quotidiens. Ce qui a pour conséquence de nuire à la vitesse commerciale des bus et des trams et de générer de l’insécurité pour les adeptes du deux-roues, cherchez l’erreur!

Pour accélérer le report modal de la voiture vers d’autres modes de déplacement, le prochain gouvernement devra donc… opposer les modes! Parce que l’automobiliste ne changera pas ses habitudes pour un tram englué dans le trafic ou pour un vélo obligé de circuler sur des bandes cyclables suggérées. Les voiries n’étant pas extensibles, il faudra forcément reprendre aux uns l’espace que l’on veut accorder aux autres.

Et dans le cas où la machine à indignation s’enclenche, nos élus pourront toujours s’appuyer sur les nombreux exemples qui démontrent que la suppression d’une infrastructure routière engendre l’évaporation partielle de la circulation. On songe à la démolition du viaduc autoroutier de la Cheonggyecheon qui a permis de réduire le trafic à Séoul ou, plus proche de nous, à la piétonisation des berges de la Seine, à Paris.

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